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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du jeudi 15 Mai 2003


Femmes béninoises : entre mythe et réalité.

L’a-t-on remarqué ? Le sort de notre pays, ces dernières quarante-huit heures, était entre les mains de deux femmes, ceci par deux institutions de la République interposées.

Rosine Soglo, député à l’Assemblée nationale, doyenne d’âge, était chargée de conduire les travaux de cette institution jusqu’à la mise en place des nouvelles structures élues de la quatrième législature.

Conceptia Houinsou, présidente de la Cour Constitutionnelle, par une décision expresse de son institution, devait notifier à la doyenne d’âge de procéder à la suite de la désignation des autres membres du bureau de l’Assemblée nationale. Il fallait en effet lever le blocage qui paralysait le fonctionnement du Parlement.

Deux femmes, deux actrices majeures se sont ainsi trouvées à un point crucial de décision sur la trajectoire politique de notre pays.

Ce fait d’actualité vu de loin, examiné loin des rivages de notre pays a dû certainement créditer le Bénin d’un bon point, auprès de plus d’un bon point que notre pays ne mérite pourtant pas, à la vérité.

Pour l’observateur lointain, c’est à croire que la femme est aux toutes premières loges dans le pays berceau des conférences nationales en Afrique.

Pour l’observateur lointain, c’est à croire que le Bénin est à l’avant-garde d’une révolution féministe, les femmes ayant conquis de haute lutte leurs droits de prendre la parole, leurs droits de prendre des initiatives dans l’arène sociale du pays laboratoire de la démocratie en Afrique.

Et notre observateur lointain ne se serait pas moins laissé bercer par l’illusion d’une candidature qui a alors défrayé la chronique, celle de Madame Marie Elise Gbèdo à la présidence de la République en 2001.

A l’observateur lointain, le côté jardin de la femme béninoise. Mais que nous montre, que nous donne à voir le revers de la médaille ? Dans un pays où les femmes représentent 52% de la population, il n’y a que deux maires femmes sur les 77 maires qui viennent d’être élus à la tête de nos communes.

Elles sont six députés femmes sur les 83 députés de la cuvée 2003 à l’Assemblée nationale.

Elles sont deux ministres femmes sur les 21 ministres que compte le Gouvernement du Président Mathieu Kérékou.

Et si madame Conceptia Ouinsou est la Présidente de la Cour Constitutionnelle, force est de constater que l’institution qu’elle dirige ne compte que deux conseillères sur les sept sages de la Cour.

Ne parlons pas de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) où l’on semble se trouver bien entre hommes. Aucune femme donc pour les neuf fauteuils de conseillers.

A égrener ces réalités nationales, l’actualité qui projette à l’avant scène de notre pays deux femmes, Rosine Soglo et Conceptia Ouinsou, est à prendre pour un accident. Parce que sans portée, parce que sans incidence sur la condition générale des femmes dans notre pays, sur le rôle et la place qui auraient pu, qui auraient dû être les leurs dans le champ social.

Rosine Soglo et Conceptia Ouinsou, sont l’une et l’autre dans l’actualité présente, deux femmes, deux arbres-écran, qui cachent, qui masquent la sous représentation des femmes béninoises dans les institutions de la République, la quasi-absence des femmes béninoises à des postes de décision, l’occupation totalitaire et hégémonique de l’espace du pouvoir par les hommes.

Il faut, d’une part, prendre conscience du poids, de la force des traditions multiséculaires qui continuent de gouverner notre actualité, de ligoter la société d’aujourd’hui, de freiner notre accès à la modernité.

Il faut, d’autre part, prendre la mesure de ce qu’il reste à faire par les femmes elles-mêmes par rapport à ce qu’elles font déjà de bien louable dans leur combat pour inverser la tendance actuelle, pour établir un nouvel équilibre des forces sociales dans un pays qui doit enfin cesser de marcher sur la tête.

Il faut, enfin, se rendre à l’évidence que la maturation des mentalités dans notre pays est lente, que certains préjugés ont la vie dure. Nous devons, par conséquent, nous déterminer à bousculer des habitudes, à vaincre des forces d’inertie, à balayer des obstacles par des décisions exceptionnelles, volontaristes, par une politique de quota et de représentation proportionnelle intelligente en faveur des femmes.

Pour accoucher du neuf, une société ne doit pas craindre, si nécessaire, l’épreuve de la césarienne.

 
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