Femmes béninoises : entre
mythe et réalité.
L’a-t-on remarqué
? Le sort de notre pays, ces dernières quarante-huit
heures, était entre les mains de deux femmes, ceci par
deux institutions de la République interposées.
Rosine Soglo, député
à l’Assemblée nationale, doyenne d’âge,
était chargée de conduire les travaux de cette
institution jusqu’à la mise en place des nouvelles
structures élues de la quatrième législature.
Conceptia Houinsou, présidente
de la Cour Constitutionnelle, par une décision expresse
de son institution, devait notifier à la doyenne d’âge
de procéder à la suite de la désignation
des autres membres du bureau de l’Assemblée nationale.
Il fallait en effet lever le blocage qui paralysait le fonctionnement
du Parlement.
Deux femmes, deux actrices majeures
se sont ainsi trouvées à un point crucial de décision
sur la trajectoire politique de notre pays.
Ce fait d’actualité
vu de loin, examiné loin des rivages de notre pays a
dû certainement créditer le Bénin d’un
bon point, auprès de plus d’un bon point que notre
pays ne mérite pourtant pas, à la vérité.
Pour l’observateur lointain,
c’est à croire que la femme est aux toutes premières
loges dans le pays berceau des conférences nationales
en Afrique.
Pour l’observateur lointain,
c’est à croire que le Bénin est à
l’avant-garde d’une révolution féministe,
les femmes ayant conquis de haute lutte leurs droits de prendre
la parole, leurs droits de prendre des initiatives dans l’arène
sociale du pays laboratoire de la démocratie en Afrique.
Et notre observateur lointain
ne se serait pas moins laissé bercer par l’illusion
d’une candidature qui a alors défrayé la
chronique, celle de Madame Marie Elise Gbèdo à
la présidence de la République en 2001.
A l’observateur lointain,
le côté jardin de la femme béninoise. Mais
que nous montre, que nous donne à voir le revers de la
médaille ? Dans un pays où les femmes représentent
52% de la population, il n’y a que deux maires femmes
sur les 77 maires qui viennent d’être élus
à la tête de nos communes.
Elles sont six députés
femmes sur les 83 députés de la cuvée 2003
à l’Assemblée nationale.
Elles sont deux ministres femmes
sur les 21 ministres que compte le Gouvernement du Président
Mathieu Kérékou.
Et si madame Conceptia Ouinsou
est la Présidente de la Cour Constitutionnelle, force
est de constater que l’institution qu’elle dirige
ne compte que deux conseillères sur les sept sages de
la Cour.
Ne parlons pas de la Haute Autorité
de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) où
l’on semble se trouver bien entre hommes. Aucune femme
donc pour les neuf fauteuils de conseillers.
A égrener ces réalités
nationales, l’actualité qui projette à l’avant
scène de notre pays deux femmes, Rosine Soglo et Conceptia
Ouinsou, est à prendre pour un accident. Parce que sans
portée, parce que sans incidence sur la condition générale
des femmes dans notre pays, sur le rôle et la place qui
auraient pu, qui auraient dû être les leurs dans
le champ social.
Rosine Soglo et Conceptia Ouinsou,
sont l’une et l’autre dans l’actualité
présente, deux femmes, deux arbres-écran, qui
cachent, qui masquent la sous représentation des femmes
béninoises dans les institutions de la République,
la quasi-absence des femmes béninoises à des postes
de décision, l’occupation totalitaire et hégémonique
de l’espace du pouvoir par les hommes.
Il faut, d’une part, prendre
conscience du poids, de la force des traditions multiséculaires
qui continuent de gouverner notre actualité, de ligoter
la société d’aujourd’hui, de freiner
notre accès à la modernité.
Il faut, d’autre part,
prendre la mesure de ce qu’il reste à faire par
les femmes elles-mêmes par rapport à ce qu’elles
font déjà de bien louable dans leur combat pour
inverser la tendance actuelle, pour établir un nouvel
équilibre des forces sociales dans un pays qui doit enfin
cesser de marcher sur la tête.
Il faut, enfin, se rendre à
l’évidence que la maturation des mentalités
dans notre pays est lente, que certains préjugés
ont la vie dure. Nous devons, par conséquent, nous déterminer
à bousculer des habitudes, à vaincre des forces
d’inertie, à balayer des obstacles par des décisions
exceptionnelles, volontaristes, par une politique de quota et
de représentation proportionnelle intelligente en faveur
des femmes.
Pour
accoucher du neuf, une société ne doit pas craindre,
si nécessaire, l’épreuve de la césarienne.