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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du mercredi 30 Avril 2003


Les oppositions en Afrique en sursis.

Pouvoir ou opposition, que choisir ?

Si l’on s’entend que l’objectif premier de tout parti politique est la conquête du pouvoir, une telle question, posée aux formations politiques de notre pays, est à tout le moins suspecte ou est carrément absurde.

Ce qui veut dire, en d’autres termes, que dans une démocratie normale, un parti non moins normal ne peut choisir de se battre pour rester dans l’opposition. La norme admise en la matière sous tous les cieux, c’est qu’un parti se batte pour porter ses idées au sommet de l’Etat, donc au pouvoir.

C’est quand un parti rate le coche du pouvoir qu’il se résout à se ranger hors du pouvoir, à se redéployer face au pouvoir sous le label de parti d’opposition.

Dans toute bonne démocratie, l’opposition est l’autre versant naturel de la puissance saine alternance, l’opposition d’aujourd’hui peut devenir le pouvoir de demain et ceci vice-versa.

Quand on réussit à ordonner un tel ballet politique où des groupes, où des blocs idéologiques se succèdent, s’alternent au pouvoir par les urnes, c’est que politiquement, au moins trois conditions minimales ont été réunies. Quelles sont- elles ?

1. Les partis qui animent la vie politique sont porteurs d’un projet de société, projet dûment explicité, effectivement défendu pour qu’une majorité de personnes y adhèrent.

2. Les populations ont une participation pleine et entière à la vie politique, parce que bien informées, parce que capables de comprendre les grands enjeux, d’en débattre, parce que aptes à faire des choix libres, motivés, ceci en toute connaissance de cause, en toute responsabilité.

3. Le consensus le plus large se fait autour des règles et des principes électoraux. Etre porté au pouvoir ou être relégué dans l’opposition est d’abord apprécié comme la sanction du peuple souverain et accepté comme tel.

C’est parce que ces trois conditions minimales, qui conditionnent le bon fonctionnement d’une bonne démocratie, ne sont pas encore réunies chez nous qu’il tarde de voir éclore, de voir se développer une culture d’opposition dans nos pays.

Chez nous, au Bénin, les partis politiques ne s’identifient pas encore à une vision. Ils ne se battent pas pour défendre des idées. Le jeu politique ne consiste pas à opposer des idées à d’autres idées, mais à rechercher les bonnes opportunités pour justifier tous les opportunismes. Il y a tant d’avantages, tant de privilèges du côté du pouvoir qu’il paraît fou pour des politiciens agis et tenus par le ventre de continuer à jouer dans la cour de l’opposition, donc de se tenir loin, de jouer dans la cour de l’opposition, donc de se tenir loin de la table du festin.

De plus, ceux qui animent, à la base les partis politiques sont moins des militants, prêts à défendre les idéaux de leur groupe, que des courtisans, des clients. Ils estiment le plus naturellement du monde que le parti leur est redevable de tout, que le parti leur doit tout : protection, bouffe, soins de santé, factures d’eau et d’électricité, transport, scolarité de leurs enfants, sans oublier des contributions aux funérailles, aux baptêmes et autres mariages. Ce qui transforme bien souvent le chef du parti en un super père Noël, propriétaire légitime du parti devenu bien propre ou familial.

Dans un tel schéma, il y a toujours plus à boire et à manger du côté du pouvoir que du côté de l’opposition. Et pour cause, celui qui est au pouvoir, dispose, en principe, de plus de moyens, de plus d’atouts, de plus d’arguments pour convaincre les électeurs, pour gagner les élections, donc pour conserver, voire confisquer le pouvoir d’Etat.

Pour toutes ces raisons, l’opposition reste encore largement chez nous un espace maudit, le refuge des pécheurs, le purgatoire des victimes d’une chasse aux sorcières. C’est la raison pour laquelle il ne fait pas toujours bon d’être un opposant ou d’être dans l’opposition en Afrique.

Tant que l’opposition sera synonyme d’enfer, donc de péché à expier, de sécheresse, de traversée du désert, donc de faim et de soif, l’opposition, en Afrique, l’opposition au Bénin n’aura plus la force. Il ne lui restera que la faiblesse de composer.

 
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