Les oppositions en Afrique en
sursis.
Pouvoir
ou opposition, que choisir ?
Si l’on s’entend que l’objectif premier de
tout parti politique est la conquête du pouvoir, une telle
question, posée aux formations politiques de notre pays,
est à tout le moins suspecte ou est carrément
absurde.
Ce qui veut dire, en d’autres
termes, que dans une démocratie normale, un parti non
moins normal ne peut choisir de se battre pour rester dans l’opposition.
La norme admise en la matière sous tous les cieux, c’est
qu’un parti se batte pour porter ses idées au sommet
de l’Etat, donc au pouvoir.
C’est quand un parti rate
le coche du pouvoir qu’il se résout à se
ranger hors du pouvoir, à se redéployer face au
pouvoir sous le label de parti d’opposition.
Dans toute bonne démocratie,
l’opposition est l’autre versant naturel de la puissance
saine alternance, l’opposition d’aujourd’hui
peut devenir le pouvoir de demain et ceci vice-versa.
Quand on réussit à
ordonner un tel ballet politique où des groupes, où
des blocs idéologiques se succèdent, s’alternent
au pouvoir par les urnes, c’est que politiquement, au
moins trois conditions minimales ont été réunies.
Quelles sont- elles ?
1.
Les partis qui animent la vie politique sont porteurs d’un
projet de société, projet dûment explicité,
effectivement défendu pour qu’une majorité
de personnes y adhèrent.
2. Les populations ont une participation pleine et entière
à la vie politique, parce que bien informées,
parce que capables de comprendre les grands enjeux, d’en
débattre, parce que aptes à faire des choix libres,
motivés, ceci en toute connaissance de cause, en toute
responsabilité.
3. Le consensus le plus large se fait autour des règles
et des principes électoraux. Etre porté au pouvoir
ou être relégué dans l’opposition
est d’abord apprécié comme la sanction du
peuple souverain et accepté comme tel.
C’est parce que ces trois conditions minimales, qui conditionnent
le bon fonctionnement d’une bonne démocratie, ne
sont pas encore réunies chez nous qu’il tarde de
voir éclore, de voir se développer une culture
d’opposition dans nos pays.
Chez nous, au Bénin,
les partis politiques ne s’identifient pas encore à
une vision. Ils ne se battent pas pour défendre des idées.
Le jeu politique ne consiste pas à opposer des idées
à d’autres idées, mais à rechercher
les bonnes opportunités pour justifier tous les opportunismes.
Il y a tant d’avantages, tant de privilèges du
côté du pouvoir qu’il paraît fou pour
des politiciens agis et tenus par le ventre de continuer à
jouer dans la cour de l’opposition, donc de se tenir loin,
de jouer dans la cour de l’opposition, donc de se tenir
loin de la table du festin.
De
plus, ceux qui animent, à la base les partis politiques
sont moins des militants, prêts à défendre
les idéaux de leur groupe, que des courtisans, des clients.
Ils estiment le plus naturellement du monde que le parti leur
est redevable de tout, que le parti leur doit tout : protection,
bouffe, soins de santé, factures d’eau et d’électricité,
transport, scolarité de leurs enfants, sans oublier des
contributions aux funérailles, aux baptêmes et
autres mariages. Ce qui transforme bien souvent le chef du parti
en un super père Noël, propriétaire légitime
du parti devenu bien propre ou familial.
Dans un tel schéma, il y a toujours plus à boire
et à manger du côté du pouvoir que du côté
de l’opposition. Et pour cause, celui qui est au pouvoir,
dispose, en principe, de plus de moyens, de plus d’atouts,
de plus d’arguments pour convaincre les électeurs,
pour gagner les élections, donc pour conserver, voire
confisquer le pouvoir d’Etat.
Pour toutes ces raisons, l’opposition
reste encore largement chez nous un espace maudit, le refuge
des pécheurs, le purgatoire des victimes d’une
chasse aux sorcières. C’est la raison pour laquelle
il ne fait pas toujours bon d’être un opposant ou
d’être dans l’opposition en Afrique.
Tant que l’opposition
sera synonyme d’enfer, donc de péché à
expier, de sécheresse, de traversée du désert,
donc de faim et de soif, l’opposition, en Afrique, l’opposition
au Bénin n’aura plus la force. Il ne lui restera
que la faiblesse de composer.