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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du lundi 28 Avril 2003


BENIN : la démocratie ou le gouvernement des politiciens !

Quel rapport entre un peuple électeur et les élus de ce peuple ?

La semaine qui s’est achevée sur l’élection de Idji Kolawolé à la présidence de l’Assemblée nationale est instructive à plus d’un titre. Nous en savons davantage sur la nature, la qualité des relations entre les Béninois et leurs élus, entre le Bénin sociologique et sa classe politique.

Tout se passe comme si le bon peuple pourtant sollicité tous azimuts, pourtant courtisé par tous, le temps d’une campagne électorale, se retrouve soudain le bec dans l’eau.

Voici à peu près l’image qui nous reste de la semaine folle que nous venons de vivre, avec des élus en conclave se disputant, se partageant les divers postes de responsabilité au sein du bureau de l’Assemblée nationale. Dans la furie des ambitions débridées. Dans le brouhaha des intérêts contraires et contradictoires.

C’est plutôt qui tirera la couverture à soi, qui aura la part du lion, qui gagnera sans avoir raison, qui aura le dernier mot, qui raflera la mise.

Des conciliabules s’enchaînaient. Des apartés se succédaient. Des prolongations se jouaient, parfois jusqu’au petit matin. Et l’on marchandait ainsi ferme, en s’invectivant quelquefois, en faisant monter les enchères toujours.

Une partie de la classe politique a ainsi retrouvé tout son entrain, toute son agressivité pour défendre, bec et ongles, pieds à pieds ses intérêts du moment.

En ces instants de transactions non dénuées de manipulations, de marchandages non dénués de chantages, quelle idée se font ses politiciens à la chasse aux petits pains sucrés du pouvoir, quelle idée se font-ils du bon peuple dont ils venaient de solliciter les suffrages pour leur élection ?

Qui a une pensée pour ces milliers de Béninois restés les pieds dans l’eau avec les premières pluies de saison qui ont transformé Cotonou en un grand lac ?

Qui se penche sur le sort de tous ces jeunes gens, de toutes ces jeunes filles qui entrent dans la vie sans horizon, sans perspective ?

Qu’ils soient ou qu’ils restent des diplômés sans emploi, des prostituées, des mendiants, des laisser pour compte, ils ne comptent que comme électeurs.

Qui a une idée claire, une idée exacte du calvaire quotidien, du calvaire de tous les instants des millions de nos compatriotes abandonnés aux rigueurs de la vie chère, aux effets dévastateurs de la maladie, aux blessures et aux meurtrissures à la fois physiques et morales de la misère et de la pauvreté ?

Qui se préoccupe du sort de tous ces Béninois haut perchés sur l’Himalaya d’ordures où Cotonou, aux dires du Maire de la ville, a trouvé à se nicher ?

Qui se préoccupe du sort de Cotonou, la vitrine de notre pays, qui se laisse enterrer chaque jour davantage sous la Chappe mortelle de gaz polluants et toxiques.

Ainsi, deux sociétés se côtoient dans notre pays sans se connaître vraiment, malgré les apparences. Ceux qui, franchissent la frontière qui sépare ces deux mondes deviennent automatiquement étrangers les uns aux autres.

Les politiciens s’essaient au jeu des avantages et des privilèges, la course au pouvoir justifiant tous les compromis, sinon toutes les compromissions.

Au bon peuple électeur l’exclusion et la marginalisation. On s’entend bien pour le laisser en tête-à-tête tragique avec la misère devenue son horizon familier. La démocratie, a-t-on dit, c’est le gouvernement du peuple. N’y croyez rien, s’il vous plaît. Il existe, en la matière, une exception béninoise. La démocratie chez nous au Bénin, c’est encore le gouvernement des politiciens par les politiciens, le peuple ne servant encore que de marche pied.

 
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