BENIN : la démocratie ou
le gouvernement des politiciens !
Quel
rapport entre un peuple électeur et les élus de
ce peuple ?
La semaine qui s’est achevée sur l’élection
de Idji Kolawolé à la présidence de l’Assemblée
nationale est instructive à plus d’un titre. Nous
en savons davantage sur la nature, la qualité des relations
entre les Béninois et leurs élus, entre le Bénin
sociologique et sa classe politique.
Tout
se passe comme si le bon peuple pourtant sollicité tous
azimuts, pourtant courtisé par tous, le temps d’une
campagne électorale, se retrouve soudain le bec dans
l’eau.
Voici
à peu près l’image qui nous reste de la
semaine folle que nous venons de vivre, avec des élus
en conclave se disputant, se partageant les divers postes de
responsabilité au sein du bureau de l’Assemblée
nationale. Dans la furie des ambitions débridées.
Dans le brouhaha des intérêts contraires et contradictoires.
C’est
plutôt qui tirera la couverture à soi, qui aura
la part du lion, qui gagnera sans avoir raison, qui aura le
dernier mot, qui raflera la mise.
Des
conciliabules s’enchaînaient. Des apartés
se succédaient. Des prolongations se jouaient, parfois
jusqu’au petit matin. Et l’on marchandait ainsi
ferme, en s’invectivant quelquefois, en faisant monter
les enchères toujours.
Une
partie de la classe politique a ainsi retrouvé tout son
entrain, toute son agressivité pour défendre,
bec et ongles, pieds à pieds ses intérêts
du moment.
En
ces instants de transactions non dénuées de manipulations,
de marchandages non dénués de chantages, quelle
idée se font ses politiciens à la chasse aux petits
pains sucrés du pouvoir, quelle idée se font-ils
du bon peuple dont ils venaient de solliciter les suffrages
pour leur élection ?
Qui
a une pensée pour ces milliers de Béninois restés
les pieds dans l’eau avec les premières pluies
de saison qui ont transformé Cotonou en un grand lac
?
Qui
se penche sur le sort de tous ces jeunes gens, de toutes ces
jeunes filles qui entrent dans la vie sans horizon, sans perspective
?
Qu’ils
soient ou qu’ils restent des diplômés sans
emploi, des prostituées, des mendiants, des laisser pour
compte, ils ne comptent que comme électeurs.
Qui
a une idée claire, une idée exacte du calvaire
quotidien, du calvaire de tous les instants des millions de
nos compatriotes abandonnés aux rigueurs de la vie chère,
aux effets dévastateurs de la maladie, aux blessures
et aux meurtrissures à la fois physiques et morales de
la misère et de la pauvreté ?
Qui
se préoccupe du sort de tous ces Béninois haut
perchés sur l’Himalaya d’ordures où
Cotonou, aux dires du Maire de la ville, a trouvé à
se nicher ?
Qui
se préoccupe du sort de Cotonou, la vitrine de notre
pays, qui se laisse enterrer chaque jour davantage sous la Chappe
mortelle de gaz polluants et toxiques.
Ainsi,
deux sociétés se côtoient dans notre pays
sans se connaître vraiment, malgré les apparences.
Ceux qui, franchissent la frontière qui sépare
ces deux mondes deviennent automatiquement étrangers
les uns aux autres.
Les
politiciens s’essaient au jeu des avantages et des privilèges,
la course au pouvoir justifiant tous les compromis, sinon toutes
les compromissions.
Au bon peuple électeur l’exclusion et la marginalisation.
On s’entend bien pour le laisser en tête-à-tête
tragique avec la misère devenue son horizon familier.
La démocratie, a-t-on dit, c’est le gouvernement
du peuple. N’y croyez rien, s’il vous plaît.
Il existe, en la matière, une exception béninoise.
La démocratie chez nous au Bénin, c’est
encore le gouvernement des politiciens par les politiciens,
le peuple ne servant encore que de marche pied.