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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du jeudi 27 Février 2003


FESPACO : le cinéma béninois interpellé

Il a ouvert ses portes le 22 février dernier. Il les referme samedi 1er mars. Le Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou (FESPACO) est incontestablement l’événement culturel, à l’échelle du continent, de ce début de l’an de grâce 2003.

Des cinéastes, bien sûr, mais également des administrateurs culturels, des écrivains, des scénaristes, des responsables de télévision, des hommes et des femmes de culture voire des touristes accourent des quatre coins de l’Afrique et du monde pour ce rendez-vous biennal du septième art.

Le FESPACO, par son succès chaque fois renouvelé, interpelle doublement le Bénin, notre pays.

D’abord, le FESPACO interpelle le Bénin et les Béninois en tant qu’une institution qui consacre le savoir et le savoir-faire des Burkinabè.

Pendant ce temps, ici au Bénin, nous ne réussissons que peu à donner au Festival International du Théâtre du Bénin (FITHEB), une identité reconnue de tous, une personnalité appréciée de tous.

Le FITHEB, faut-il le rappeler, était parti pour être notre carte d’identité culturelle, notre atout-maître. Par le FITHEB, on devrait connaître, reconnaître, distinguer notre pays aussi bien en Afrique que dans le monde.

Or, ce n’est faire injure à personne que de dire que le FITHEB cherche toujours ses marques, que le FITHEB éprouve tout le mal du monde pour opérer son décollage et s’imposer comme une destination culturelle, un marché inter africain du théâtre, une fête de l’art, du spectacle.

On peut dire que les Burkinabè qui ont plus de réussite avec le FESPACO montrent d’expertise, plus de rigueur que ne le font les Béninois dans l’organisation du FITHEB. Notre mayonnaise à nous ne prend pas, alors que, dans le même temps, d’autres flamboient, comme les Sénégalais avec la Foire Internationale du Livre de Dakar, comme les Maliens avec les Journées Photographiques de Bamako ou comme les Ivoiriens avec le Marché des Arts, du Spectacle d’Abidjan.

Le succès des autres, en regard de notre manque de réussite, ce que les autres savent bien faire et qu’ils savent réussir à tous les coups, en regard de ce que nous ne savons pas bien faire et que nous avons le chic pour rater chaque fois, cela a valeur pour le Bénin d’une interpellation avant d’être, pour chaque Béninois, un sujet de préoccupation. Ensuite, le FESPACO interpelle le Bénin, à travers, son cinéma quasi inexistant, à travers, en d’autres mots, son Sahara cinématographique.

Le Bénin est l’un des absents de cette fête continentale du cinéma que se veut le FESPACO. Non parce que notre pays est un cimetière de cinéastes. Non parce que notre pays est un grand trou noir de projets cinématographiques. Mais parce que nous nous épuisons à nous faire tout un cinéma là où nous devons nous appliquer à nous doter d’une politique du cinéma, là où nous devons nous inscrire dans une logique de production d’œuvres cinématographiques, de films, de feuilletons, de documentaires, frappés du sceau de notre génie propre.

La nature ayant horreur du vide, ce sont les déchets du monde entier qui font le bonheur de nos enfants. Ceux-ci comme on le sait fréquentent assidûment ces écoles du sexe et de la violence que sont devenus les vidéoclubs. On en ouvre tous les jours dans les quartiers de Cotonou. Ce sont les télénovelas sud-américains qui envahissent nos foyers, nous imposant les canons de sous-cultures venus de loin, nous installant dans une douillette aliénation sur les rythmes enivrants de la bossa-nova.

On pense généralement que la messe est dite quand on a eu fini d’asséner comme vérité d’évangile que le cinéma est un art qui coûte cher, un art difficilement compatible par conséquent avec les possibilités d’un pays pauvre, aux ressources limitées. L’argument devrait valoir toutes les excuses et justifier pourquoi on laisse végéter le cinéma et les cinéastes.

Mais comment s’arrangent-ils pour briller au firmament du cinéma africain, les Med Hondo de la Mauritanie, les Soulemane Cissé du Mali, les Idrissa Ouédraogo du Burkina Faso, les Henri Duparc ou les Gnohan Mbala de Côte d’Ivoire, les Mohamed Salé du Tchad, sans oublier les monstres sacrés comme Sembène l’ancien ou Mbaye de la jeune génération au Sénégal ? La médiocrité n’a pas d’excuse. Mais on croit à toutes les excuses tous ceux qui s’efforcent de s’arracher aux griffes de la médiocrité.

 

 
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