FESPACO : le cinéma béninois
interpellé
Il
a ouvert ses portes le 22 février dernier. Il les referme
samedi 1er mars. Le Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou
(FESPACO) est incontestablement l’événement
culturel, à l’échelle du continent, de ce
début de l’an de grâce 2003.
Des
cinéastes, bien sûr, mais également des administrateurs
culturels, des écrivains, des scénaristes, des responsables
de télévision, des hommes et des femmes de culture
voire des touristes accourent des quatre coins de l’Afrique
et du monde pour ce rendez-vous biennal du septième art.
Le
FESPACO, par son succès chaque fois renouvelé, interpelle
doublement le Bénin, notre pays.
D’abord,
le FESPACO interpelle le Bénin et les Béninois en
tant qu’une institution qui consacre le savoir et le savoir-faire
des Burkinabè.
Pendant
ce temps, ici au Bénin, nous ne réussissons que
peu à donner au Festival International du Théâtre
du Bénin (FITHEB), une identité reconnue de tous,
une personnalité appréciée de tous.
Le
FITHEB, faut-il le rappeler, était parti pour être
notre carte d’identité culturelle, notre atout-maître.
Par le FITHEB, on devrait connaître, reconnaître,
distinguer notre pays aussi bien en Afrique que dans le monde.
Or,
ce n’est faire injure à personne que de dire que
le FITHEB cherche toujours ses marques, que le FITHEB éprouve
tout le mal du monde pour opérer son décollage et
s’imposer comme une destination culturelle, un marché
inter africain du théâtre, une fête de l’art,
du spectacle.
On
peut dire que les Burkinabè qui ont plus de réussite
avec le FESPACO montrent d’expertise, plus de rigueur que
ne le font les Béninois dans l’organisation du FITHEB.
Notre mayonnaise à nous ne prend pas, alors que, dans le
même temps, d’autres flamboient, comme les Sénégalais
avec la Foire Internationale du Livre de Dakar, comme les Maliens
avec les Journées Photographiques de Bamako ou comme les
Ivoiriens avec le Marché des Arts, du Spectacle d’Abidjan.
Le
succès des autres, en regard de notre manque de réussite,
ce que les autres savent bien faire et qu’ils savent réussir
à tous les coups, en regard de ce que nous ne savons pas
bien faire et que nous avons le chic pour rater chaque fois, cela
a valeur pour le Bénin d’une interpellation avant
d’être, pour chaque Béninois, un sujet de préoccupation.
Ensuite, le FESPACO interpelle le Bénin, à travers,
son cinéma quasi inexistant, à travers, en d’autres
mots, son Sahara cinématographique.
Le
Bénin est l’un des absents de cette fête continentale
du cinéma que se veut le FESPACO. Non parce que notre pays
est un cimetière de cinéastes. Non parce que notre
pays est un grand trou noir de projets cinématographiques.
Mais parce que nous nous épuisons à nous faire tout
un cinéma là où nous devons nous appliquer
à nous doter d’une politique du cinéma, là
où nous devons nous inscrire dans une logique de production
d’œuvres cinématographiques, de films, de feuilletons,
de documentaires, frappés du sceau de notre génie
propre.
La
nature ayant horreur du vide, ce sont les déchets du monde
entier qui font le bonheur de nos enfants. Ceux-ci comme on le
sait fréquentent assidûment ces écoles du
sexe et de la violence que sont devenus les vidéoclubs.
On en ouvre tous les jours dans les quartiers de Cotonou. Ce sont
les télénovelas sud-américains qui envahissent
nos foyers, nous imposant les canons de sous-cultures venus de
loin, nous installant dans une douillette aliénation sur
les rythmes enivrants de la bossa-nova.
On
pense généralement que la messe est dite quand on
a eu fini d’asséner comme vérité d’évangile
que le cinéma est un art qui coûte cher, un art difficilement
compatible par conséquent avec les possibilités
d’un pays pauvre, aux ressources limitées. L’argument
devrait valoir toutes les excuses et justifier pourquoi on laisse
végéter le cinéma et les cinéastes.
Mais
comment s’arrangent-ils pour briller au firmament du cinéma
africain, les Med Hondo de la Mauritanie, les Soulemane Cissé
du Mali, les Idrissa Ouédraogo du Burkina Faso, les Henri
Duparc ou les Gnohan Mbala de Côte d’Ivoire, les Mohamed
Salé du Tchad, sans oublier les monstres sacrés
comme Sembène l’ancien ou Mbaye de la jeune génération
au Sénégal ? La médiocrité n’a
pas d’excuse. Mais on croit à toutes les excuses
tous ceux qui s’efforcent de s’arracher aux griffes
de la médiocrité.