4ème législature
pour une nouvelle image du député
Commence
une nouvelle législature. La quatrième sous le
renouveau démocratique. Les députés, fort
de l’onction du suffrage du peuple, ont pris le chemin
de l’hémicycle.
Quatre
ans pour servir le peuple béninois. Quatre ans pour renforcer
notre arsenal juridique. Quatre ans pour exercer le regard vigilant
du peuple sur l’action du gouvernement. Quatre ans pour
poser les questions du peuple aux représentants de l’exécutif.
Beaucoup de politiciens continuent de regarder le peuple comme
du bétail électoral. Quand on choisit de tout
modifier ainsi, on finit par perdre de vue qu’un peuple,
ce sont des millions de vies qui tissent chaque jour les fils
mystérieux de la vie, des millions d’hommes et
de femmes qui se sont s’interrogent gravement sur leur
avenir, sur l’avenir de leur pays. Aussi ont-ils soif
de savoir. Aussi sont-ils faim de comprendre. Aussi ont-ils
besoin d’être protégés et défendus
sous l’angle du droit. Où, à quel niveau
se situent-ils eux-mêmes sur l’échelle de
leurs espérances ? Pourquoi ne doivent-ils pas lâcher
prise, abandonner le combat. Par conséquent, pourquoi
doivent-ils continuer de croire et d’espérer ?
Engageons
la présente législature à restaurer l’image
du député et à faire ainsi la différence
par rapport aux trois précédentes législatures.
Le progrès, ici, nous semble-t-il est au prix de trois
combats au moins. Ces combats méritent d’être
livrés et surtout d’être livrés et
surtout d’être gagnés députés.
D’abord,
le combat de la ponctualité. Nous avons le sentiment
plutôt pénible que nos députés se
laissent prendre en charge par la culture ambiante du retard.
Jamais, l’on est à l’heure. Jamais, l’on
ne respecte l’heure. Le retard, chaque jour célébré,
chaque jour illustré, est devenu le sport dans lequel
nous excellons, à défaut de nous distinguer autrement
et ailleurs.
Cette
culture du retard s’est emparée de toute la nation.
Elle n’a pu s’arrêter aux portes de notre
auguste Parlement. Elle traduit en tout cas, notre rapport ambigu
au temps, au travail, aux objectifs que nous nous fixons. Un
député est élu pour une durée bien
déterminée. Il ne dispose donc pas du temps de
Dieu, c’est-à-dire de l’éternité.
Si
tout élu est un être singulier, tiré de
l’anonymat de la foule, être ponctuel, être
à l’heure aux différentes sessions et réunions
du Parlement, c’est donner l’exemple, c’est
prêcher d’exemple pour toute la communauté
nationale. A graver donc au fronton de notre Assemblée
nationale. L’heure, c’est l’heure et le temps,
c’est de l’argent. Ensuite, le combat du travail.
Que
nos députés ne laissent plus à quiconque
le loisir de dire qu’ils ne travaillent pas assez. Que
nos députés laissent toute liberté à
ceux qui sont outillés pour ce faire de les contrôler,
de les évaluer pour prouver qu’ils travaillent
beaucoup.
C’est
vrai que le silence obstiné des uns, ce qui fait d’eux
de simples pots de fleurs de la représentation nationale,
c’est vrai également que l’inconsistance,
pour ne pas dire l’ignorance des autres sur tous les dossiers
en débat, sont autant de sujets de préoccupation.
Cela n’est pas de nature à donner de notre Parlement
une image rassurante, une image valorisante.
Ne
parlons pas du député qui vient juste émarger
pour toucher les indemnités des sessions parlementaires
auxquelles il ne prend pas port. Ne parlons pas non plus du
député dormeur qui se trompe de chambre à
coucher et que l’œil de la camera expose à
la risée universelle.
Enfin
le combat pour le suivi et le compte-rendu.
Rien
ni personne ne doit rompre le cordon ombilical entre l’élu
et ceux qui l’ont élu. C’est dire que le
représentant du peuple n’est pas un atome libre
qui n’a de compte à rendre à personne. Un
député n’est-il pas avant tout, un porte-parole.
Et le porte-parole, littéralement, c’est celui
qui porte, par délégation, la parole de quelqu’un,
c’est celui qui gère pAr procuration la parole
d’autrui. Alors, Monsieur le député, ou
Madame le député qu’a fais tu de notre parole,
de la parole que nous te donnons, du pouvoir que nous te donnons
de dire en notre nom ? ne dois-tu pas en rendre compte ? Ne
dois-tu pas en rendre compte ? Ne dois-tu pas en répondre
?
Si
les trois combats ainsi indiqués pouvaient être
conduits avec rigueur et esprit de suite par les députés
de la législature qui commence, nous gageons que dans
quatre ans à l’heure du bilan, les fruits passeront
la promesse des fleurs.