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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du jeudi 24 Avril 2003


4ème législature pour une nouvelle image du député

Commence une nouvelle législature. La quatrième sous le renouveau démocratique. Les députés, fort de l’onction du suffrage du peuple, ont pris le chemin de l’hémicycle.

Quatre ans pour servir le peuple béninois. Quatre ans pour renforcer notre arsenal juridique. Quatre ans pour exercer le regard vigilant du peuple sur l’action du gouvernement. Quatre ans pour poser les questions du peuple aux représentants de l’exécutif. Beaucoup de politiciens continuent de regarder le peuple comme du bétail électoral. Quand on choisit de tout modifier ainsi, on finit par perdre de vue qu’un peuple, ce sont des millions de vies qui tissent chaque jour les fils mystérieux de la vie, des millions d’hommes et de femmes qui se sont s’interrogent gravement sur leur avenir, sur l’avenir de leur pays. Aussi ont-ils soif de savoir. Aussi sont-ils faim de comprendre. Aussi ont-ils besoin d’être protégés et défendus sous l’angle du droit. Où, à quel niveau se situent-ils eux-mêmes sur l’échelle de leurs espérances ? Pourquoi ne doivent-ils pas lâcher prise, abandonner le combat. Par conséquent, pourquoi doivent-ils continuer de croire et d’espérer ?

Engageons la présente législature à restaurer l’image du député et à faire ainsi la différence par rapport aux trois précédentes législatures. Le progrès, ici, nous semble-t-il est au prix de trois combats au moins. Ces combats méritent d’être livrés et surtout d’être livrés et surtout d’être gagnés députés.

D’abord, le combat de la ponctualité. Nous avons le sentiment plutôt pénible que nos députés se laissent prendre en charge par la culture ambiante du retard. Jamais, l’on est à l’heure. Jamais, l’on ne respecte l’heure. Le retard, chaque jour célébré, chaque jour illustré, est devenu le sport dans lequel nous excellons, à défaut de nous distinguer autrement et ailleurs.

Cette culture du retard s’est emparée de toute la nation. Elle n’a pu s’arrêter aux portes de notre auguste Parlement. Elle traduit en tout cas, notre rapport ambigu au temps, au travail, aux objectifs que nous nous fixons. Un député est élu pour une durée bien déterminée. Il ne dispose donc pas du temps de Dieu, c’est-à-dire de l’éternité.

Si tout élu est un être singulier, tiré de l’anonymat de la foule, être ponctuel, être à l’heure aux différentes sessions et réunions du Parlement, c’est donner l’exemple, c’est prêcher d’exemple pour toute la communauté nationale. A graver donc au fronton de notre Assemblée nationale. L’heure, c’est l’heure et le temps, c’est de l’argent. Ensuite, le combat du travail.

Que nos députés ne laissent plus à quiconque le loisir de dire qu’ils ne travaillent pas assez. Que nos députés laissent toute liberté à ceux qui sont outillés pour ce faire de les contrôler, de les évaluer pour prouver qu’ils travaillent beaucoup.

C’est vrai que le silence obstiné des uns, ce qui fait d’eux de simples pots de fleurs de la représentation nationale, c’est vrai également que l’inconsistance, pour ne pas dire l’ignorance des autres sur tous les dossiers en débat, sont autant de sujets de préoccupation. Cela n’est pas de nature à donner de notre Parlement une image rassurante, une image valorisante.

Ne parlons pas du député qui vient juste émarger pour toucher les indemnités des sessions parlementaires auxquelles il ne prend pas port. Ne parlons pas non plus du député dormeur qui se trompe de chambre à coucher et que l’œil de la camera expose à la risée universelle.

Enfin le combat pour le suivi et le compte-rendu.

Rien ni personne ne doit rompre le cordon ombilical entre l’élu et ceux qui l’ont élu. C’est dire que le représentant du peuple n’est pas un atome libre qui n’a de compte à rendre à personne. Un député n’est-il pas avant tout, un porte-parole. Et le porte-parole, littéralement, c’est celui qui porte, par délégation, la parole de quelqu’un, c’est celui qui gère pAr procuration la parole d’autrui. Alors, Monsieur le député, ou Madame le député qu’a fais tu de notre parole, de la parole que nous te donnons, du pouvoir que nous te donnons de dire en notre nom ? ne dois-tu pas en rendre compte ? Ne dois-tu pas en rendre compte ? Ne dois-tu pas en répondre ?

Si les trois combats ainsi indiqués pouvaient être conduits avec rigueur et esprit de suite par les députés de la législature qui commence, nous gageons que dans quatre ans à l’heure du bilan, les fruits passeront la promesse des fleurs.

 
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