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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du lundi 24 Février 2003


L’affaire Papa Wemba et nous

Papa Wemba en prison. La nouvelle a eu, ici et là, l’effet d’une bombe. Au grand désespoir de milliers de fans. Ils ne se consolent pas de voir leur idole dégringoler du sommet lumineux de la gloire pour le cachot d’une prison française.

Papa Wemba est invité à rendre compte d’un trafic humain dont il serait l’ordonnateur et le bénéficiaire sous le couvert de ses activités musicales et artistiques.

La justice dira le droit. En attendant, réfléchissons à haute voix sur un événement qui secoue les milieux du show-biz africain et international.

Commençons par faire remarquer que c’est la personnalité du mis en cause qui donne à cette affaire la dimension qu’elle connaît. Il en aurait été tout autrement si Papa Wemba n’était qu’un obscur émigré dans la masse anonyme des émigrés Négro-Africains sur la terre de France. Ce qu’on tient pour une affaire n’aurait été qu’un banal fait divers tel qu’on en dénombre des dizaines d’autres, chaque jour, dans l’Hexagone.

Mais il s’agit bien de Papa Wemba, le roi de la rumba. Normal donc qu’il passe pour un gros poisson dans les filets de la police française.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : pour une bonne partie de l’opinion, Papa Wemba est déjà jugé et condamné. Avec lui, dans le box des accusés, des milliers de ses frères et de ses sœurs de race. Car, pour nos pré-juges, si l’on peut dire, pour ces censeurs impénitents, chaque Négro-Africain en France est un Papa Wemba en puissance, c’est-à-dire un délinquant, un voyou venu polluer ce qu’ils ont de plus cher et qu’ils n’entendent partager avec aucun étranger.

Dans un pays où le problème de l’immigration tient lieu, pour certains partis politiques, de programme de gouvernement et fait l’objet d’un débat national permanent, on comprend que l’affaire Papa Wemba soit, dans certains cercles, une aubaine. Elle n’apporte que plus d’eau à leur moulin.

Cela tire à conséquence. Quand on vit dans un pays où on est constamment jugé à partir de la couleur de sa peau, on ne peut se permettre de faire n’importe quoi.

Au lieu de s’épuiser à fustiger le racisme et à condamner les racistes, il y a mieux à faire pour chaque Africain émigré : éviter à tout prix, par son comportement, de servir de carburant, de combustible au racisme. Car le raciste n’est pas plus blâmable que celui qui se fait, consciemment ou inconsciemment, son complice en lui déroulant le tapis rouge de la bêtise.

Enfin, à l’heure où le monde se globalise, où les frontières-jusque là infranchissables s’effacent, où les barrières traditionnelles s’affaissent, les hommes se montreront toujours plus mobiles, confirmant, à certains égards, que la terre est effectivement aux dimensions d’un village planétaire et que nous sommes désormais tous de la race universelle des citoyens du monde.

La fin donc de l’émigration, c’est pas demain la veille. Mais on reconnaîtra volontiers qu’il est une émigration malsaine. Celle qui vide lentement l’Afrique de sa substance humaine. Elle est la conséquence d’un mal développement endémique qui anémie l’Afrique. Si bien que nous devons à l’honnêteté de dire que c’est souvent l’Afrique elle-même qui jette certains de ses fils, certaines de ses filles sur les routes de l’exil.

Si l’affaire Papa Wemba peut, en quelque manière, nous être d’une certaine utilité, c’est de nous obliger à nous poser cette seule question, face à la misère qui sévit sur notre continent : jusqu’à quand ?

 

 
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