L’affaire Papa Wemba et nous
Papa
Wemba en prison. La nouvelle a eu, ici et là, l’effet
d’une bombe. Au grand désespoir de milliers de fans.
Ils ne se consolent pas de voir leur idole dégringoler
du sommet lumineux de la gloire pour le cachot d’une prison
française.
Papa
Wemba est invité à rendre compte d’un trafic
humain dont il serait l’ordonnateur et le bénéficiaire
sous le couvert de ses activités musicales et artistiques.
La
justice dira le droit. En attendant, réfléchissons
à haute voix sur un événement qui secoue
les milieux du show-biz africain et international.
Commençons
par faire remarquer que c’est la personnalité du
mis en cause qui donne à cette affaire la dimension qu’elle
connaît. Il en aurait été tout autrement si
Papa Wemba n’était qu’un obscur émigré
dans la masse anonyme des émigrés Négro-Africains
sur la terre de France. Ce qu’on tient pour une affaire
n’aurait été qu’un banal fait divers
tel qu’on en dénombre des dizaines d’autres,
chaque jour, dans l’Hexagone.
Mais
il s’agit bien de Papa Wemba, le roi de la rumba. Normal
donc qu’il passe pour un gros poisson dans les filets de
la police française.
Mais
qu’on ne s’y trompe pas : pour une bonne partie de
l’opinion, Papa Wemba est déjà jugé
et condamné. Avec lui, dans le box des accusés,
des milliers de ses frères et de ses sœurs de race.
Car, pour nos pré-juges, si l’on peut dire, pour
ces censeurs impénitents, chaque Négro-Africain
en France est un Papa Wemba en puissance, c’est-à-dire
un délinquant, un voyou venu polluer ce qu’ils ont
de plus cher et qu’ils n’entendent partager avec aucun
étranger.
Dans
un pays où le problème de l’immigration tient
lieu, pour certains partis politiques, de programme de gouvernement
et fait l’objet d’un débat national permanent,
on comprend que l’affaire Papa Wemba soit, dans certains
cercles, une aubaine. Elle n’apporte que plus d’eau
à leur moulin.
Cela
tire à conséquence. Quand on vit dans un pays où
on est constamment jugé à partir de la couleur de
sa peau, on ne peut se permettre de faire n’importe quoi.
Au
lieu de s’épuiser à fustiger le racisme et
à condamner les racistes, il y a mieux à faire pour
chaque Africain émigré : éviter à
tout prix, par son comportement, de servir de carburant, de combustible
au racisme. Car le raciste n’est pas plus blâmable
que celui qui se fait, consciemment ou inconsciemment, son complice
en lui déroulant le tapis rouge de la bêtise.
Enfin,
à l’heure où le monde se globalise, où
les frontières-jusque là infranchissables s’effacent,
où les barrières traditionnelles s’affaissent,
les hommes se montreront toujours plus mobiles, confirmant, à
certains égards, que la terre est effectivement aux dimensions
d’un village planétaire et que nous sommes désormais
tous de la race universelle des citoyens du monde.
La
fin donc de l’émigration, c’est pas demain
la veille. Mais on reconnaîtra volontiers qu’il est
une émigration malsaine. Celle qui vide lentement l’Afrique
de sa substance humaine. Elle est la conséquence d’un
mal développement endémique qui anémie l’Afrique.
Si bien que nous devons à l’honnêteté
de dire que c’est souvent l’Afrique elle-même
qui jette certains de ses fils, certaines de ses filles sur les
routes de l’exil.
Si
l’affaire Papa Wemba peut, en quelque manière, nous
être d’une certaine utilité, c’est de
nous obliger à nous poser cette seule question, face à
la misère qui sévit sur notre continent : jusqu’à
quand ?