Bénin, le défi des
élections
Réussirons-nous,
un jour, à organiser des élections propres, des
élections sans tâches ? Des élections propres
et sans tâches, avant, c’est-à-dire, dans la
phase de leur préparation. Des élections propres
et sans tâches pendant, c’est-à-dire au cours
des opérations électorales. Des élections
propres et sans tâches après, c’est-à-dire
une fois l’ouvrage clés, le verdict prononcé,
les résultats proclamés.
D’abord,
avant. Mettre en place par exemple une Commission électorale
nationale autonome (CENA) s’apparente assez souvent dans
notre pays à l’un des douze travaux d’Hercule.
C’est presque toujours, depuis une dizaine d’années,
un véritable chemin de croix que de réunir les animateurs
de cette structure commise à la gestion des élections
chez nous. Nous avons l’art de nous perdre en conjectures
et en calculs politiciens en perdant finalement beaucoup de temps.
Quand, au départ, la programmation des diverses tâches
électorales ne tient pas ou ne tient plus la route, les
effets pervers de ce faux pas initial pénalisent lourdement
tout le processus. Ce qui ouvre grand la porte à l’improvisation,
à l’impréparation, à l’hésitation.
Toutes choses qui engendrent cafouillage et pagaille.
Ensuite,
pendant. Mettre en place les démembrements locaux de la
CENA, mettre en place le matériel électoral (isoloirs,
urnes, encre, bulletins, voire torches et lampes à gaz)
se révèle bien souvent un exercice aléatoire
marqué au coin d’un laxisme affligeant. Pourquoi
ouvrons-nous rarement à l’heure les portes des bureaux
de vote ? Pourquoi démarrons-nous presque toujours en retard
les opérations électorales ?
Par
ailleurs, procéder au dépouillement des bulletins,
dresser les procès-verbaux, centraliser et faire acheminer
les urnes, sécuriser les urnes ainsi acheminées,
sont autant de tâches majeures que nous ne maîtrisons
pas assez, que nous ne savons pas encore conduire avec professionnalisme
avec rigueur.
Que
dire de la proclamation des résultats ? Sur ce plan, tout
semble toujours bien parti pour attendre. Des semaines, des mois
pour rendre publics les résultats d’une élection
loin de témoigner d’un certain sérieux, est
souvent la preuve d’un laisser-aller certain. Ailleurs,
devons-nous le rappeler, les résultats sont connus le jour
même.
Enfin,
après. La preuve est aujourd’hui faite qu’une
fois les résultats d’une élection proclamés,
s’ouvre presque toujours une nouvelle parenthèse
… pour et sur la même élection, parenthèse
animée de contestations, de bagarres, de remises en question.
Cela ouvre le cycle infernal du contentieux électoral,
dans le brouhaha des réclamations, dans le crépitement
des protestations.
A
cet égard, l’exemple d’Abomey-Calavi, en ce
moment même, à la suite des dernières des
municipales, montre et démontre, à suffisance, que
nous sommes passés maîtres dans l’art de la
palabre, à la fois inutile et dommageable à tous
égards pour la stabilité de nos institutions, pour
la sérénité de nos concitoyens, pour la sécurité
de notre société.
Ainsi,
autour de nos élections, nous prenons la mauvaise et dangereuse
habitude de nous bouffer le nez comme des chiffonniers, de nous
taper dessus comme des voyous, en attendant peut-être, un
jour, qui sait, de nous trucider sans pitié comme des frères
ennemis enragés, assoiffés de sang.
Nous
devons nous convaincre, définitivement, que les élections
sont le baromètre par excellence de l’expérience
démocratique en cours chez nous. C’est le miroir
qui nous renvoie constamment l’image de nous-même,
l’image de démocrates que nous nous efforçons
d’être ou plutôt l’image de fossoyeurs
de la démocratie à laquelle, hélas ! Nous
nous abandonnons.
Alors,
mieux nous saurons organiser nos élections, mieux nous
saurons les conduire et les conclure, en nous aidant si possible
du large éventail de possibilités que nous offrent
les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication,
mieux se portera la démocratie chez nous.
Voilà
l’équation victorieuse. Sommes-nous prêts à
relever le défi des élections chez nous ?