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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du jeudi 20 Février 2003


Bénin, le défi des élections

Réussirons-nous, un jour, à organiser des élections propres, des élections sans tâches ? Des élections propres et sans tâches, avant, c’est-à-dire, dans la phase de leur préparation. Des élections propres et sans tâches pendant, c’est-à-dire au cours des opérations électorales. Des élections propres et sans tâches après, c’est-à-dire une fois l’ouvrage clés, le verdict prononcé, les résultats proclamés.

D’abord, avant. Mettre en place par exemple une Commission électorale nationale autonome (CENA) s’apparente assez souvent dans notre pays à l’un des douze travaux d’Hercule. C’est presque toujours, depuis une dizaine d’années, un véritable chemin de croix que de réunir les animateurs de cette structure commise à la gestion des élections chez nous. Nous avons l’art de nous perdre en conjectures et en calculs politiciens en perdant finalement beaucoup de temps. Quand, au départ, la programmation des diverses tâches électorales ne tient pas ou ne tient plus la route, les effets pervers de ce faux pas initial pénalisent lourdement tout le processus. Ce qui ouvre grand la porte à l’improvisation, à l’impréparation, à l’hésitation. Toutes choses qui engendrent cafouillage et pagaille.

Ensuite, pendant. Mettre en place les démembrements locaux de la CENA, mettre en place le matériel électoral (isoloirs, urnes, encre, bulletins, voire torches et lampes à gaz) se révèle bien souvent un exercice aléatoire marqué au coin d’un laxisme affligeant. Pourquoi ouvrons-nous rarement à l’heure les portes des bureaux de vote ? Pourquoi démarrons-nous presque toujours en retard les opérations électorales ?

Par ailleurs, procéder au dépouillement des bulletins, dresser les procès-verbaux, centraliser et faire acheminer les urnes, sécuriser les urnes ainsi acheminées, sont autant de tâches majeures que nous ne maîtrisons pas assez, que nous ne savons pas encore conduire avec professionnalisme avec rigueur.

Que dire de la proclamation des résultats ? Sur ce plan, tout semble toujours bien parti pour attendre. Des semaines, des mois pour rendre publics les résultats d’une élection loin de témoigner d’un certain sérieux, est souvent la preuve d’un laisser-aller certain. Ailleurs, devons-nous le rappeler, les résultats sont connus le jour même.

Enfin, après. La preuve est aujourd’hui faite qu’une fois les résultats d’une élection proclamés, s’ouvre presque toujours une nouvelle parenthèse … pour et sur la même élection, parenthèse animée de contestations, de bagarres, de remises en question. Cela ouvre le cycle infernal du contentieux électoral, dans le brouhaha des réclamations, dans le crépitement des protestations.

A cet égard, l’exemple d’Abomey-Calavi, en ce moment même, à la suite des dernières des municipales, montre et démontre, à suffisance, que nous sommes passés maîtres dans l’art de la palabre, à la fois inutile et dommageable à tous égards pour la stabilité de nos institutions, pour la sérénité de nos concitoyens, pour la sécurité de notre société.

Ainsi, autour de nos élections, nous prenons la mauvaise et dangereuse habitude de nous bouffer le nez comme des chiffonniers, de nous taper dessus comme des voyous, en attendant peut-être, un jour, qui sait, de nous trucider sans pitié comme des frères ennemis enragés, assoiffés de sang.

Nous devons nous convaincre, définitivement, que les élections sont le baromètre par excellence de l’expérience démocratique en cours chez nous. C’est le miroir qui nous renvoie constamment l’image de nous-même, l’image de démocrates que nous nous efforçons d’être ou plutôt l’image de fossoyeurs de la démocratie à laquelle, hélas ! Nous nous abandonnons.

Alors, mieux nous saurons organiser nos élections, mieux nous saurons les conduire et les conclure, en nous aidant si possible du large éventail de possibilités que nous offrent les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, mieux se portera la démocratie chez nous.

Voilà l’équation victorieuse. Sommes-nous prêts à relever le défi des élections chez nous ?

 
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