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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du mardi 18 mars 2003


Football, l’équipe nationale contre les clubs

Nous, Béninois, sommes des gens originaux, des gens spéciaux, des gens hors du commun. Pourquoi ?

Parce que nous tentons, en ce moment même, de construire la maison football, non par les fondations, mais contre toute attente, par le toit. Curieux, bizarre, n’est-ce pas ?

Nous rêvons donc de faire renaître notre football, de lui donner, par ses résultats, un éclat tout particulier, mais en empruntant un chemin inédit, en faisant ce qu’aucun peuple sur la terre n’a encore réussi à faire.

De deux choses l’une : ou nous sommes des fous de génie, capables par conséquent de bousculer l’ordre et les lois de la nature ou nous sommes des niais qui s’ignorent, des naïfs qui amusent la galerie, en prenant leur désir pour la réalité.

Expliquons-nous mieux. Notre football, après avoir été longtemps la lanterne rouge, amorce une remontée satisfaisante. Au grand bonheur des supporters béninois. Ils sont nombreux qui rêvent déjà et légitimement de victoires, de qualifications en coupe d’Afrique, de trophées, de la plus haute marche du podium.

Mais ce frémissement, qui porte la promesse d’une renaissance de notre football, n’est pas l’expression d’un dynamisme nouveau insufflé à notre championnat. Ce frémissement n’est pas non plus le résultat d’un renouveau opéré au niveau de nos clubs, capables désormais de s’affirmer sur tous les stades et de s’imposer comme des foudres de guerre dans les différentes compétitions africaines. A l’image du Zamalek en Egypte, du Tonnerre de Yaoundé au Cameroun, de l’Ashanti Kotoko au Ghana ou de l’ASEC Mimosa en Côte d’Ivoire.

Bien au contraire. Ce à quoi s’attachent les amoureux de notre football, ce qui mobilise et motive les supporters béninois, ce qui suscite un état d’esprit nouveau autour de notre football n’est rien d’autre que le Onze national, n’est autre que l’équipe nationale. Si tout avait été normal, si tout avait été en ordre. Dans cette maison du football que nous nous efforçons de construire, l’équipe nationale aurait dû tenir lieu de toit et les clubs, de fondations.

C’est parce que nous sommes en train de mettre la charrue avant les bœufs que nous donnons la priorité à notre équipe nationale, en abandonnant les clubs à leur dénuement et à leur misère. Même si l’habitude s’est généralisée aujourd’hui d’aller chercher à l’extérieur les éléments constitutifs du Onze national, nous restons constant pour dire qu’une équipe nationale est et demeure la somme des valeurs et des talents que couvent les clubs nationaux à la base. Nous devons faire de nos clubs des pépinières, des laboratoires largement ouverts sur l’équipe nationale.

El Hadj Diouf, Patrick Mboma ou Chabani Londa, avant d’être des internationaux de haut vol, ont mûri dans les clubs de leurs pays respectifs qui les ont révélés et ils ont relevé le niveau de leur championnat.

Deux clubs représentent, cette année, le Bénin, dans les coupes d’Afrique. Il y a, d’abord, "Les Dragons de l’Ouémé". Cette équipe de première division a déjà soldé son compte en coupe de la ligue des clubs champions. Comme si un malheur n’arrivait jamais seul, l’équipe est en ce moment même, au bord de l’implosion.

Il y a, ensuite "La Jeunesse Sportive de Pobè " (JSP), équipe de deuxième division. Elle tient encore la route dans l’aventure de la coupe d’Afrique des clubs vainqueurs de coupe.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : les Dragons qui pleurent et la JSP qui rit, cela ne traduit rien de spécial, rien d’exceptionnel pour nos clubs. Sinon que la JSP est un cas, l’exception qui confirme la règle générale.

En clair, la règle générale, pour nos clubs, aujourd’hui, ce sont des hommes manquant de tout, à commencer par la science même du football, sans oublier la motivation nécessaire à la pratique du football gagner, les infrastructures en adéquation avec la stature de clubs nationaux, les moyens matériels (terrains d’entraînement entre autres, ballons, maillots, matériels divers) dont l’argent qui n’a pas été appelé au hasard, le nerf de la guerre.

Au total, il est impératif que le Bénin s’engage résolument dans une politique de promotion et de développement. Et le reste, tout le reste lui sera donné de surcroît.

 
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