Football, l’équipe
nationale contre les clubs
Nous,
Béninois, sommes des gens originaux, des gens spéciaux,
des gens hors du commun. Pourquoi ?
Parce
que nous tentons, en ce moment même, de construire la
maison football, non par les fondations, mais contre toute attente,
par le toit. Curieux, bizarre, n’est-ce pas ?
Nous
rêvons donc de faire renaître notre football, de
lui donner, par ses résultats, un éclat tout particulier,
mais en empruntant un chemin inédit, en faisant ce qu’aucun
peuple sur la terre n’a encore réussi à
faire.
De
deux choses l’une : ou nous sommes des fous de génie,
capables par conséquent de bousculer l’ordre et
les lois de la nature ou nous sommes des niais qui s’ignorent,
des naïfs qui amusent la galerie, en prenant leur désir
pour la réalité.
Expliquons-nous
mieux. Notre football, après avoir été
longtemps la lanterne rouge, amorce une remontée satisfaisante.
Au grand bonheur des supporters béninois. Ils sont nombreux
qui rêvent déjà et légitimement de
victoires, de qualifications en coupe d’Afrique, de trophées,
de la plus haute marche du podium.
Mais
ce frémissement, qui porte la promesse d’une renaissance
de notre football, n’est pas l’expression d’un
dynamisme nouveau insufflé à notre championnat.
Ce frémissement n’est pas non plus le résultat
d’un renouveau opéré au niveau de nos clubs,
capables désormais de s’affirmer sur tous les stades
et de s’imposer comme des foudres de guerre dans les différentes
compétitions africaines. A l’image du Zamalek en
Egypte, du Tonnerre de Yaoundé au Cameroun, de l’Ashanti
Kotoko au Ghana ou de l’ASEC Mimosa en Côte d’Ivoire.
Bien au contraire. Ce à quoi s’attachent les amoureux
de notre football, ce qui mobilise et motive les supporters
béninois, ce qui suscite un état d’esprit
nouveau autour de notre football n’est rien d’autre
que le Onze national, n’est autre que l’équipe
nationale. Si tout avait été normal, si tout avait
été en ordre. Dans cette maison du football que
nous nous efforçons de construire, l’équipe
nationale aurait dû tenir lieu de toit et les clubs, de
fondations.
C’est
parce que nous sommes en train de mettre la charrue avant les
bœufs que nous donnons la priorité à notre
équipe nationale, en abandonnant les clubs à leur
dénuement et à leur misère. Même
si l’habitude s’est généralisée
aujourd’hui d’aller chercher à l’extérieur
les éléments constitutifs du Onze national, nous
restons constant pour dire qu’une équipe nationale
est et demeure la somme des valeurs et des talents que couvent
les clubs nationaux à la base. Nous devons faire de nos
clubs des pépinières, des laboratoires largement
ouverts sur l’équipe nationale.
El
Hadj Diouf, Patrick Mboma ou Chabani Londa, avant d’être
des internationaux de haut vol, ont mûri dans les clubs
de leurs pays respectifs qui les ont révélés
et ils ont relevé le niveau de leur championnat.
Deux
clubs représentent, cette année, le Bénin,
dans les coupes d’Afrique. Il y a, d’abord, "Les
Dragons de l’Ouémé". Cette équipe
de première division a déjà soldé
son compte en coupe de la ligue des clubs champions. Comme si
un malheur n’arrivait jamais seul, l’équipe
est en ce moment même, au bord de l’implosion.
Il
y a, ensuite "La Jeunesse Sportive de Pobè "
(JSP), équipe de deuxième division. Elle tient
encore la route dans l’aventure de la coupe d’Afrique
des clubs vainqueurs de coupe.
Mais
qu’on ne s’y trompe pas : les Dragons qui pleurent
et la JSP qui rit, cela ne traduit rien de spécial, rien
d’exceptionnel pour nos clubs. Sinon que la JSP est un
cas, l’exception qui confirme la règle générale.
En
clair, la règle générale, pour nos clubs,
aujourd’hui, ce sont des hommes manquant de tout, à
commencer par la science même du football, sans oublier
la motivation nécessaire à la pratique du football
gagner, les infrastructures en adéquation avec la stature
de clubs nationaux, les moyens matériels (terrains d’entraînement
entre autres, ballons, maillots, matériels divers) dont
l’argent qui n’a pas été appelé
au hasard, le nerf de la guerre.
Au
total, il est impératif que le Bénin s’engage
résolument dans une politique de promotion et de développement.
Et le reste, tout le reste lui sera donné de surcroît.