Mathieu Kérékou
superstar.
De
deux choses, l’une : ou Mathieu Kérékou
est un politicien chanceux ou Mathieu Kérékou
est un politicien génie.
Mais
comme la chance, selon nous, n’existe pas, autant reconnaître,
autant accepter que Mathieu Kérékou est un politicien
hors du commun.
A
trois ans de la fin de son double quinquennat, Mathieu Kérékou
a en main toutes les cartes du jeu politique béninois.
Il est quasiment un roi, un monarque dans une république.
De
ce fait, Mathieu Kérékou est et reste un objet
d’étude, un cas intéressant pour les écoles
et institutions de science politique. Comment un officier de
l’armée béninoise a-t-il pu se construire
un aussi exceptionnel destin ? Il fallait être un devin
hors pair pour prédire à Mathieu Kérékou,
en 1975, la trajectoire qui allait être la sienne, alors
qu’il étrennait ses toutes premières responsabilités
politiques, comme Président du Gouvernement militaire
révolutionnaire.
Le
retour de cet homme au-devant de la scène politique constitue,
l’événement politique le plus inattendu
de 1996. Et dire que ce Mathieu Kérékou qui est
en train de reconquérir les cœurs des Béninois
cinq ans après qu’il fut parti du pouvoir, a régné
sans partage, dix-sept ans durant avec un régime socialo-communiste,
sur les êtres et les choses. Le grand camarade de lutte
d’hier, chef tout puissant d’un parti unique non
moins tout puissant pouvait-il se sentir à l’aise
dans les habits neufs d’un leader libéral porté
à la tête d’une démocratie pluraliste
?
Equation majeure, s’il en était, que Mathieu Kérékou
a su résoudre. Mieux, il rempila après un premier
quinquennat, administrant la preuve que le marxiste a su virer
sa cuti, que le révolutionnaire a su se reconvertir aux
principes d’une démocratie libérale et puraliste.
Après
huit ans d’une difficile "cohabitation" (entre
guillemets) avec l’opposition voici que le ciel s’éclaircit
soudain au-dessus de Mathieu Kérékou. Cela n’est
pas le fait d’une génération spontanée.
Mathieu Kérékou a travaillé dur, étalant
toutes ses capacités, toute son habileté manœuvrière
pour s’imposer comme le maître absolu d’un
jeu qu’il contrôle absolument. Avec une machine
politique redoutable, l’Union pour le Bénin du
Futur (UBF).
Les
municipales et les communales ont permis la mise à feu
réussie de la machine UBF.
L’ancien
président français, François Mitterrand,
disait que la chance est comparable à un cheval qui court
tout le temps. Quand ce cheval s’avise de s’arrêter
devant votre maison, vous devez décider vite s’il
faut monter ou non. Beaucoup de mouvanciers, avec l’UBF,
ont appris depuis toujours, que mieux vaut tard que jamais.
Les
législatives ont permis de roder à la perfection
la machine de l’UBF. Et ce sont, aujourd’hui, des
personnalités de l’opposition et non des moindres
qui marquent leur intérêt pour le pôle présidentiel,
reconnaissant ainsi implicitement que l’UBF s’impose
désormais comme une réalité politique incontournable.
Un vrai moteur turbo pour 2006. L’UBF exerce ainsi, autour
du Président, un pouvoir d’attraction sans pareil.
Adrien Houngbédji, pour ne citer que lui, n’a pu,
n’a su résister à la force magnétique
de ce pouvoir.
Demeure
la question essentielle ci-après : que fera Mathieu Kérékou
de cette force ? Il l’utilisera pour contrôler le
pouvoir législatif dans tous ses compartiments : la présidence
de l’assemblée nationale, le bureau de l’Assemblée
nationale, les commissions de l’Assemblée nationale.
Il
l’utilisera pour faire passer tous les projets de loi
de l’exécutif. La loi des finances en particulier,
c’est-à-dire le budget cessera d’être
la pomme de discorde traditionnelle, des fins d’année
entre l’exécutif et le législatif.
Il
l’utilisera surtout pour décider du sens et du
contenu à donner à sa succession à la tête
de l’Etat. Même si tout ceci devait se faire au
prix d’un appauvrissement du débat politique, avec
une Assemblée nationale quasiment aux ordres, réduite
au rôle d’une chambre d’enregistrement. Il
a également le risque d’un déontélisme
rageur au détriment des valeurs sûres. En somme,
la tête des médiocres se souillent partout la part
du lion sous le soleil de la République.
Les
Béninois ont envoyé Mathieu Kérékou
comme président au palais de la Marina. Le locataire
de l’auguste maison, par ses capacités manœuvrières,
se fait, à son tour, superstar, une superstar de la politique.