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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du Lundi 14 Avril 2003


Mathieu Kérékou superstar.

De deux choses, l’une : ou Mathieu Kérékou est un politicien chanceux ou Mathieu Kérékou est un politicien génie.

Mais comme la chance, selon nous, n’existe pas, autant reconnaître, autant accepter que Mathieu Kérékou est un politicien hors du commun.

A trois ans de la fin de son double quinquennat, Mathieu Kérékou a en main toutes les cartes du jeu politique béninois. Il est quasiment un roi, un monarque dans une république.

De ce fait, Mathieu Kérékou est et reste un objet d’étude, un cas intéressant pour les écoles et institutions de science politique. Comment un officier de l’armée béninoise a-t-il pu se construire un aussi exceptionnel destin ? Il fallait être un devin hors pair pour prédire à Mathieu Kérékou, en 1975, la trajectoire qui allait être la sienne, alors qu’il étrennait ses toutes premières responsabilités politiques, comme Président du Gouvernement militaire révolutionnaire.

Le retour de cet homme au-devant de la scène politique constitue, l’événement politique le plus inattendu de 1996. Et dire que ce Mathieu Kérékou qui est en train de reconquérir les cœurs des Béninois cinq ans après qu’il fut parti du pouvoir, a régné sans partage, dix-sept ans durant avec un régime socialo-communiste, sur les êtres et les choses. Le grand camarade de lutte d’hier, chef tout puissant d’un parti unique non moins tout puissant pouvait-il se sentir à l’aise dans les habits neufs d’un leader libéral porté à la tête d’une démocratie pluraliste ?

Equation majeure, s’il en était, que Mathieu Kérékou a su résoudre. Mieux, il rempila après un premier quinquennat, administrant la preuve que le marxiste a su virer sa cuti, que le révolutionnaire a su se reconvertir aux principes d’une démocratie libérale et puraliste.

Après huit ans d’une difficile "cohabitation" (entre guillemets) avec l’opposition voici que le ciel s’éclaircit soudain au-dessus de Mathieu Kérékou. Cela n’est pas le fait d’une génération spontanée. Mathieu Kérékou a travaillé dur, étalant toutes ses capacités, toute son habileté manœuvrière pour s’imposer comme le maître absolu d’un jeu qu’il contrôle absolument. Avec une machine politique redoutable, l’Union pour le Bénin du Futur (UBF).

Les municipales et les communales ont permis la mise à feu réussie de la machine UBF.

L’ancien président français, François Mitterrand, disait que la chance est comparable à un cheval qui court tout le temps. Quand ce cheval s’avise de s’arrêter devant votre maison, vous devez décider vite s’il faut monter ou non. Beaucoup de mouvanciers, avec l’UBF, ont appris depuis toujours, que mieux vaut tard que jamais.

Les législatives ont permis de roder à la perfection la machine de l’UBF. Et ce sont, aujourd’hui, des personnalités de l’opposition et non des moindres qui marquent leur intérêt pour le pôle présidentiel, reconnaissant ainsi implicitement que l’UBF s’impose désormais comme une réalité politique incontournable. Un vrai moteur turbo pour 2006. L’UBF exerce ainsi, autour du Président, un pouvoir d’attraction sans pareil. Adrien Houngbédji, pour ne citer que lui, n’a pu, n’a su résister à la force magnétique de ce pouvoir.

Demeure la question essentielle ci-après : que fera Mathieu Kérékou de cette force ? Il l’utilisera pour contrôler le pouvoir législatif dans tous ses compartiments : la présidence de l’assemblée nationale, le bureau de l’Assemblée nationale, les commissions de l’Assemblée nationale.

Il l’utilisera pour faire passer tous les projets de loi de l’exécutif. La loi des finances en particulier, c’est-à-dire le budget cessera d’être la pomme de discorde traditionnelle, des fins d’année entre l’exécutif et le législatif.

Il l’utilisera surtout pour décider du sens et du contenu à donner à sa succession à la tête de l’Etat. Même si tout ceci devait se faire au prix d’un appauvrissement du débat politique, avec une Assemblée nationale quasiment aux ordres, réduite au rôle d’une chambre d’enregistrement. Il a également le risque d’un déontélisme rageur au détriment des valeurs sûres. En somme, la tête des médiocres se souillent partout la part du lion sous le soleil de la République.

Les Béninois ont envoyé Mathieu Kérékou comme président au palais de la Marina. Le locataire de l’auguste maison, par ses capacités manœuvrières, se fait, à son tour, superstar, une superstar de la politique.

 
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