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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du Lundi 12 Mai 2003


La relève de qualité ; c’est quoi même ?

La relève de qualité. L’expression est à la mode. S’agit-il d’un simple slogan qui claque à nos oreilles comme un fouet ? Ou s’agit-il d’une exigence de vérité qui s’impose à nos volontés à tous ?

La relève, dans notre compréhension, est dans l’ordre naturel des choses. C’est le passage de relais d’une génération à l’autre.

C’est un appel d’air frais à tous les niveaux de responsabilités, afin qu’une génération de nos compatriotes puisse donner la mesure de son engagement politique, assumant ainsi ses responsabilités historiques.

A l’ère finie des Apithy, Ahomadégbé, Maga, a succédé l’ère finissante des Kérékou, Soglo, Houngbédji, Amoussou, Tévoédjrè. Voici venue l’ère d’une nouvelle génération de politiciens.

Ces jeunes qui s’installent progressivement aux commandes du char de l’Etat et qui avancent d’un pas encore hésitant sur les chemins complexes de la politique, ont encore fort à faire avant qu’ils ne s’emparent du pagne de leader charismatique, avant qu’ils ne s’imposent comme des figures emblématiques de notre vie politique.

La relève, de ce point de vue, est déjà une réalité. Nul ne peut l’empêcher. Nul ne peut le nier. Mais est-elle, de qualité ? Sera-t-elle de qualité ? C’est une autre histoire. Pour l’instant, faisons trois observations.

Première observation, la relève, telle qu’elle se dessine, est déjà affairiste, en ce qu’elle s’opère par l’entrée en force dans l’arène politique, d’opérateurs économiques, essentiellement des gestionnaires de parcs automobiles et de transitaires. Ainsi commence à émerger un profil d’acteurs qui domineront, demain, la scène politique.

Ce fait n’est pas sans signification. Ce fait ne restera pas, en tout cas, sans conséquences sur la nature même de la relève en cours.

Deuxième observation, la relève, telle qu’elle se dessine n’est pas encore féministe. En ce que les efforts des femmes, pour se donner une expression sociale, pour se donner une visibilité à différents niveaux de responsabilité, ces efforts n’embrayent pas encore sur une volonté générale de changement à l’échelle de l’ensemble de la société. Quand elles ne sont pas utilisées, de temps à autre, pour colorer au féminin les équipes gouvernementales, les femmes sont encore largement tenues à l’écart du champ politique.

Troisième observation, enfin, la relève telle que la souhaite l’immense majorité des Béninois, la relève, pour qu’elle soit effectivement de qualité, doit être assise sur au moins trois socles de valeurs.

Le premier socle de valeur, c’est le patriotisme. La relève, de ce point de vue, doit amener à l’avant scène nationale, des hommes et des femmes patriotes. C’est-à-dire, des hommes et des femmes qui aiment sincèrement leur pays, qui brûlent de l’ambition de rendre service, de se dévouer, corps et âme, de jour comme de nuit, pour le devenir heureux du Bénin. Ce serait parfait si ces patriotes avaient les moyens de leur liberté, disposaient d’une financière qui les met à l’abri de la nécessité et des pressions.

Le deuxième socle de valeur, c’est l’éthique. La relève, de ce point de vue, doit amener à l’avant scène nationale des hommes et des femmes qui conforment leur conduite sociale, leurs pratiques politiques à un ensemble de principes fondés sur les impératifs du bien. De ce point de vue, le bien public n’est ni une propriété privée, ni un bien familial.

Le troisième socle de valeur, c’est le savoir. La relève, ce point de vue, doit amener à l’avant scène nationale des hommes et des femmes outillés pour savoir ce qu’ils viennent y faire. La politique est une science. Les ignorants, les paresseux, les cancres n’y ont pas leur place.

Si la relève ne devait pas suivre une telle voie, elle ne serait pas de qualité. Elle ne serait même pas une relève. Nous la réduirions à un jeu malsain de quitte ou double sur le terrain glissant de la magouille, de la politique politicienne et du bradage des intérêts supérieurs de notre pays. Au total, sans des hommes, sans des femmes de qualité, point de relève de qualité. La relève pourrait tourner à une vaine course de relais. Une course pour rien, une course pour nulle part.

 
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