La relève de qualité
; c’est quoi même ?
La relève de qualité.
L’expression est à la mode. S’agit-il d’un
simple slogan qui claque à nos oreilles comme un fouet
? Ou s’agit-il d’une exigence de vérité
qui s’impose à nos volontés à tous
?
La relève, dans notre
compréhension, est dans l’ordre naturel des choses.
C’est le passage de relais d’une génération
à l’autre.
C’est un appel d’air
frais à tous les niveaux de responsabilités, afin
qu’une génération de nos compatriotes puisse
donner la mesure de son engagement politique, assumant ainsi
ses responsabilités historiques.
A l’ère finie des
Apithy, Ahomadégbé, Maga, a succédé
l’ère finissante des Kérékou, Soglo,
Houngbédji, Amoussou, Tévoédjrè.
Voici venue l’ère d’une nouvelle génération
de politiciens.
Ces jeunes qui s’installent
progressivement aux commandes du char de l’Etat et qui
avancent d’un pas encore hésitant sur les chemins
complexes de la politique, ont encore fort à faire avant
qu’ils ne s’emparent du pagne de leader charismatique,
avant qu’ils ne s’imposent comme des figures emblématiques
de notre vie politique.
La relève, de ce point
de vue, est déjà une réalité. Nul
ne peut l’empêcher. Nul ne peut le nier. Mais est-elle,
de qualité ? Sera-t-elle de qualité ? C’est
une autre histoire. Pour l’instant, faisons trois observations.
Première observation,
la relève, telle qu’elle se dessine, est déjà
affairiste, en ce qu’elle s’opère par l’entrée
en force dans l’arène politique, d’opérateurs
économiques, essentiellement des gestionnaires de parcs
automobiles et de transitaires. Ainsi commence à émerger
un profil d’acteurs qui domineront, demain, la scène
politique.
Ce fait n’est pas sans
signification. Ce fait ne restera pas, en tout cas, sans conséquences
sur la nature même de la relève en cours.
Deuxième observation,
la relève, telle qu’elle se dessine n’est
pas encore féministe. En ce que les efforts des femmes,
pour se donner une expression sociale, pour se donner une visibilité
à différents niveaux de responsabilité,
ces efforts n’embrayent pas encore sur une volonté
générale de changement à l’échelle
de l’ensemble de la société. Quand elles
ne sont pas utilisées, de temps à autre, pour
colorer au féminin les équipes gouvernementales,
les femmes sont encore largement tenues à l’écart
du champ politique.
Troisième observation,
enfin, la relève telle que la souhaite l’immense
majorité des Béninois, la relève, pour
qu’elle soit effectivement de qualité, doit être
assise sur au moins trois socles de valeurs.
Le premier socle de valeur,
c’est le patriotisme. La relève, de ce point de
vue, doit amener à l’avant scène nationale,
des hommes et des femmes patriotes. C’est-à-dire,
des hommes et des femmes qui aiment sincèrement leur
pays, qui brûlent de l’ambition de rendre service,
de se dévouer, corps et âme, de jour comme de nuit,
pour le devenir heureux du Bénin. Ce serait parfait si
ces patriotes avaient les moyens de leur liberté, disposaient
d’une financière qui les met à l’abri
de la nécessité et des pressions.
Le deuxième socle de
valeur, c’est l’éthique. La relève,
de ce point de vue, doit amener à l’avant scène
nationale des hommes et des femmes qui conforment leur conduite
sociale, leurs pratiques politiques à un ensemble de
principes fondés sur les impératifs du bien. De
ce point de vue, le bien public n’est ni une propriété
privée, ni un bien familial.
Le troisième socle de
valeur, c’est le savoir. La relève, ce point de
vue, doit amener à l’avant scène nationale
des hommes et des femmes outillés pour savoir ce qu’ils
viennent y faire. La politique est une science. Les ignorants,
les paresseux, les cancres n’y ont pas leur place.
Si
la relève ne devait pas suivre une telle voie, elle ne
serait pas de qualité. Elle ne serait même pas
une relève. Nous la réduirions à un jeu
malsain de quitte ou double sur le terrain glissant de la magouille,
de la politique politicienne et du bradage des intérêts
supérieurs de notre pays. Au total, sans des hommes,
sans des femmes de qualité, point de relève de
qualité. La relève pourrait tourner à une
vaine course de relais. Une course pour rien, une course pour
nulle part.