Zémidjans : exode rural
et décentralisation, quel rapport ?
Le
saviez-vous ? Il y a 60.000 zémidjans, 60.000 conducteurs
de taxis motos à Cotonou.
En
quelques années, une profession est née sous nos
yeux et s’est étoffée au-delà de
toute prévision.
Mais
il s’agit, en fait, d’une profession écran.
Dans la mesure où, d’une part, elle masque la déprime
sur le marché de l’emploi dans nos agglomérations
urbaines.
Dans
la mesure où, d’autre part, elle aide à
justifier le phénomène de l’exode rural
qui travaille négativement nos campagnes, les dépeuple,
les anémie et les retourne au désert.
L’exode
rural n’est pas nouveau dans notre pays. Ce flux migratoire
de nos campagnes vers nos villes est aussi ancien que l’émigration
de nos compatriotes vers les soi-disant paradis de l’Occident.
Mais
la profession zémidjan l’a accéléré,
s’offrant comme la toute première réponse,
la réponse immédiate à tous nos jeunes
qui se précipitent pour aller questionner leur avenir,
sinon l’avenir dans nos principales villes.
Mais
pouvons-nous continuer à accepter que nos jeunes gens,
nos jeunes filles, des citoyens et des citoyennes dans la force
de l’âge, vivant dans les zones rurales de notre
pays, prennent ainsi, laissent derrière eux un vide qui
nous interpelle et nous interroge tous ?
Ce
vide est un défi pour les nouvelles autorités
locales, celles des zones rurales en particulier que nous venons
d’élire et d’installer dans le cadre de notre
expérience de décentralisation.
Les
pouvoirs locaux auront-ils la capacité d’inverser
la tendance actuelle ? Pourront-ils se donner les moyens nécessaires,
réussiront-ils à inventer les stratégies
appropriées pour rendre nos campagnes, nos villages attractifs
? Comment les jeunes gens, les jeunes filles de ces localités
peuvent-ils comprendre l’impérieuse nécessité
de renoncer à rapatrier leurs rêves, leurs espérances,
leur avenir de ses terres d’origine là où,
selon une tradition bien ancrée, se trouve enterré
leur cordon ombilical ? Autour de quels projets, autour de quels
programmes doit-t-on sensibiliser, mobiliser les jeunes ruraux
pour effacer chez eux la tendance à l’errance,
au mirage de la ville, et finalement à l’aventure
irréfléchie et à l’exil sans retour
?
Voilà
l’un des enjeux majeurs de l’expérience duquel
l’on peut juger du succès ou de l’échec
de cette expérience.
Car,
au cas où on l’ignorerait ce sont des centaines
de villages de notre pays qui sont promis à une mort
certaine. Les habitants actuels de ces villages, les vieux,
les gardiens de la tradition qui n’ont du reste plus grand
chose à garder, tirent un à un leur révérence.
Car,
au cas où on l’ignorerait la plupart des légumes
que nous consommons nous viennent du Togo, le voisin de l’Ouest,
du Burkina Faso, le voisin du Nord. Ne parlons pas de notre
voisin de l’est, le géant Nigeria qui depuis si
longtemps, et dans bien des domaines, supplée à
notre insuffisance. Quand le président Kérékou,
il y a quelques années, avait invité les zémidjans
de Cotonou à prendre à bras le corps le projet
manioc, il n’exprimait pas une autre inquiétude
: un pays, le nôtre, est en train de mourir sous nos yeux,
sous le soleil des illusions perdues.