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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du Vendredi 09 Mai 2003


Zémidjans : exode rural et décentralisation, quel rapport ?

Le saviez-vous ? Il y a 60.000 zémidjans, 60.000 conducteurs de taxis motos à Cotonou.

En quelques années, une profession est née sous nos yeux et s’est étoffée au-delà de toute prévision.

Mais il s’agit, en fait, d’une profession écran. Dans la mesure où, d’une part, elle masque la déprime sur le marché de l’emploi dans nos agglomérations urbaines.

Dans la mesure où, d’autre part, elle aide à justifier le phénomène de l’exode rural qui travaille négativement nos campagnes, les dépeuple, les anémie et les retourne au désert.

L’exode rural n’est pas nouveau dans notre pays. Ce flux migratoire de nos campagnes vers nos villes est aussi ancien que l’émigration de nos compatriotes vers les soi-disant paradis de l’Occident.

Mais la profession zémidjan l’a accéléré, s’offrant comme la toute première réponse, la réponse immédiate à tous nos jeunes qui se précipitent pour aller questionner leur avenir, sinon l’avenir dans nos principales villes.

Mais pouvons-nous continuer à accepter que nos jeunes gens, nos jeunes filles, des citoyens et des citoyennes dans la force de l’âge, vivant dans les zones rurales de notre pays, prennent ainsi, laissent derrière eux un vide qui nous interpelle et nous interroge tous ?

Ce vide est un défi pour les nouvelles autorités locales, celles des zones rurales en particulier que nous venons d’élire et d’installer dans le cadre de notre expérience de décentralisation.

Les pouvoirs locaux auront-ils la capacité d’inverser la tendance actuelle ? Pourront-ils se donner les moyens nécessaires, réussiront-ils à inventer les stratégies appropriées pour rendre nos campagnes, nos villages attractifs ? Comment les jeunes gens, les jeunes filles de ces localités peuvent-ils comprendre l’impérieuse nécessité de renoncer à rapatrier leurs rêves, leurs espérances, leur avenir de ses terres d’origine là où, selon une tradition bien ancrée, se trouve enterré leur cordon ombilical ? Autour de quels projets, autour de quels programmes doit-t-on sensibiliser, mobiliser les jeunes ruraux pour effacer chez eux la tendance à l’errance, au mirage de la ville, et finalement à l’aventure irréfléchie et à l’exil sans retour ?

Voilà l’un des enjeux majeurs de l’expérience duquel l’on peut juger du succès ou de l’échec de cette expérience.

Car, au cas où on l’ignorerait ce sont des centaines de villages de notre pays qui sont promis à une mort certaine. Les habitants actuels de ces villages, les vieux, les gardiens de la tradition qui n’ont du reste plus grand chose à garder, tirent un à un leur révérence.

Car, au cas où on l’ignorerait la plupart des légumes que nous consommons nous viennent du Togo, le voisin de l’Ouest, du Burkina Faso, le voisin du Nord. Ne parlons pas de notre voisin de l’est, le géant Nigeria qui depuis si longtemps, et dans bien des domaines, supplée à notre insuffisance. Quand le président Kérékou, il y a quelques années, avait invité les zémidjans de Cotonou à prendre à bras le corps le projet manioc, il n’exprimait pas une autre inquiétude : un pays, le nôtre, est en train de mourir sous nos yeux, sous le soleil des illusions perdues.

 
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