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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du jeudi 08 Mai 2003


Le drame du stade de l’amitié et après ?

Vive, elle est vive notre douleur au lendemain du concert avorté de Koffi Olomidé, un concert qui tourna comme on le sait au drame.

Les Béninois restent inconsolables face à ce triste événement. Comment ce qui ne devait être que la parenthèse joyeuse et festive d’un week-end se fut transformé en une hécatombe ?

La mort était au rendez-vous. La mort a frappé sans pitié. Le deuil a étendu son voile sur nos cœurs et sur nos esprits.

Baromètre de l’émoi et du désarroi populaire, la presse écrite quotidienne, les radios, les télévisions, tous nos médias continuent de consacrer leurs manchettes et leurs programmes à l’événement. Dans les administrations, dans les foyers, voire dans la rue, toutes les conversations n’ont plus qu’un seul sujet, qu’un seul et unique centre d’intérêt : le drame survenu le week-end dernier au stade de l’Amitié de Kouhounou.

Cette crispation soudaine de l’opinion est dans l’ordre des choses. Le contraire aurait été étonnant, le contraire aurait été inquiétant.

Dans l’état de choc où se trouvent les Béninois, dans la douleur des parents, amis et proches des victimes, dans le deuil qui frappe le pays tout entier, il faut absolument se garder de se laisser dominer par de vilains sentiments inspirateurs de non moins vilaines réactions.

Trois directions sont à équiper immédiatement, toutes affaires cassantes, du panneau « sens interdit ».

- Il y a d’abord une xénophobie qui ne dit pas son nom. Certains esprits que nous estimions pourtant solides et lucides n’y échappent plus.

Ce n’est pas juste de soutenir que c’est parce que les Béninois sont acculturés, marquant donc leurs préférences pour les rythmes venus d’ailleurs, pour les artistes étrangers, qu’ils se sont rendus en masse au concert de Koffi Olomidé. D’où le drame.

L’argument est court, pour ne pas dire qu’il est faux. Le problème qui se pose est celui d’une bonne organisation des spectacles dans notre pays ? Le problème qui se pose est celui de la sécurité des spectateurs sur les lieux des spectacles. Ceci, indépendamment de l’origine, de la nationalité de l’artiste musicien en concert, étant entendu que nous pourrions nous retrouver face aux mêmes problèmes avec les mêmes résultats désastreux à un concert de Stan Tohon, d’Angélique Kidjo ou de Sagbohan Danialou.

Hors sujet! aurait alors lancé notre ancien maître d’école à l’adresse de ceux qui s’éloignent ainsi de l’essentiel.

- Il y a ensuite le manque de discernement, sans doute, sous l’emprise de la douleur et de la colère.

Alors on voit des coupables partout. Alors, on culpabilise tout le monde, et à tour de bras. Alors, on se laisse à la légère à des affirmations plutôt graves. Alors, on fait des amalgames faciles.

De grâce, n’en rajoutons pas. Notre peine est déjà assez grande. Un peu de sens de la mesure et l’on éviterait d’allonger inutilement la liste des morts de Kouhounou qui, sur ce plan, n’ont chargé les vivants d’aucune mission.

Il y a, enfin, l’impunité. On commettrait une faute si l’enquête diligentée par les plus hautes autorités de ce pays, pour faire la lumière sur le drame de Kouhounou, ne devait être qu’un alibi, qu’une dérivation, un truc conçu juste pour calmer les populations et pour contenir leurs sentiments de ras-le-bol.

On se ferait complice de crimes, on s’offrirait un visa pour atterrir en douceur dans une organisation de criminels, on prendrait part à une association de malfaiteurs si une telle enquête n’aidait pas à situer les responsabilités, à identifier des responsables et à prendre toutes nos responsabilités.

Cela doit se traduire par des mesures justes et hardies pour prévenir, punir, réglementer, rectifier, sensibiliser, réparer, voire légiférer. Certes, le mal est déjà fait mais l’avenir est à préserver, l’avenir est à protéger afin que soit accréditée l’idée selon laquelle « A quelque chose, malheur est bon. ».

 
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