Le drame du stade de l’amitié
et après ?
Vive,
elle est vive notre douleur au lendemain du concert avorté
de Koffi Olomidé, un concert qui tourna comme on le sait
au drame.
Les
Béninois restent inconsolables face à ce triste
événement. Comment ce qui ne devait être
que la parenthèse joyeuse et festive d’un week-end
se fut transformé en une hécatombe ?
La
mort était au rendez-vous. La mort a frappé sans
pitié. Le deuil a étendu son voile sur nos cœurs
et sur nos esprits.
Baromètre
de l’émoi et du désarroi populaire, la presse
écrite quotidienne, les radios, les télévisions,
tous nos médias continuent de consacrer leurs manchettes
et leurs programmes à l’événement.
Dans les administrations, dans les foyers, voire dans la rue,
toutes les conversations n’ont plus qu’un seul sujet,
qu’un seul et unique centre d’intérêt
: le drame survenu le week-end dernier au stade de l’Amitié
de Kouhounou.
Cette
crispation soudaine de l’opinion est dans l’ordre
des choses. Le contraire aurait été étonnant,
le contraire aurait été inquiétant.
Dans
l’état de choc où se trouvent les Béninois,
dans la douleur des parents, amis et proches des victimes, dans
le deuil qui frappe le pays tout entier, il faut absolument
se garder de se laisser dominer par de vilains sentiments inspirateurs
de non moins vilaines réactions.
Trois
directions sont à équiper immédiatement,
toutes affaires cassantes, du panneau « sens interdit
».
- Il y a d’abord une xénophobie qui ne dit pas
son nom. Certains esprits que nous estimions pourtant solides
et lucides n’y échappent plus.
Ce
n’est pas juste de soutenir que c’est parce que
les Béninois sont acculturés, marquant donc leurs
préférences pour les rythmes venus d’ailleurs,
pour les artistes étrangers, qu’ils se sont rendus
en masse au concert de Koffi Olomidé. D’où
le drame.
L’argument
est court, pour ne pas dire qu’il est faux. Le problème
qui se pose est celui d’une bonne organisation des spectacles
dans notre pays ? Le problème qui se pose est celui de
la sécurité des spectateurs sur les lieux des
spectacles. Ceci, indépendamment de l’origine,
de la nationalité de l’artiste musicien en concert,
étant entendu que nous pourrions nous retrouver face
aux mêmes problèmes avec les mêmes résultats
désastreux à un concert de Stan Tohon, d’Angélique
Kidjo ou de Sagbohan Danialou.
Hors
sujet! aurait alors lancé notre ancien maître d’école
à l’adresse de ceux qui s’éloignent
ainsi de l’essentiel.
-
Il y a ensuite le manque de discernement, sans doute, sous l’emprise
de la douleur et de la colère.
Alors
on voit des coupables partout. Alors, on culpabilise tout le
monde, et à tour de bras. Alors, on se laisse à
la légère à des affirmations plutôt
graves. Alors, on fait des amalgames faciles.
De
grâce, n’en rajoutons pas. Notre peine est déjà
assez grande. Un peu de sens de la mesure et l’on éviterait
d’allonger inutilement la liste des morts de Kouhounou
qui, sur ce plan, n’ont chargé les vivants d’aucune
mission.
Il
y a, enfin, l’impunité. On commettrait une faute
si l’enquête diligentée par les plus hautes
autorités de ce pays, pour faire la lumière sur
le drame de Kouhounou, ne devait être qu’un alibi,
qu’une dérivation, un truc conçu juste pour
calmer les populations et pour contenir leurs sentiments de
ras-le-bol.
On
se ferait complice de crimes, on s’offrirait un visa pour
atterrir en douceur dans une organisation de criminels, on prendrait
part à une association de malfaiteurs si une telle enquête
n’aidait pas à situer les responsabilités,
à identifier des responsables et à prendre toutes
nos responsabilités.
Cela
doit se traduire par des mesures justes et hardies pour prévenir,
punir, réglementer, rectifier, sensibiliser, réparer,
voire légiférer. Certes, le mal est déjà
fait mais l’avenir est à préserver, l’avenir
est à protéger afin que soit accréditée
l’idée selon laquelle « A quelque chose,
malheur est bon. ».