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La chronique de Jérôme Carlos sur CAPP FM
Edition du Mercredi 07 Mai 2003


La classe politique, pouvoir et consensus.

Consensus. Le mot se définit comme consentement, accord entre des personnes. Le mot consensus est ainsi porteur de valeurs telles que entente, partage, coopération harmonieuse etc.

Affirmons le sans détour : le consensus ainsi vu, ainsi compris déserte, à grande vitesse, l’arène politique de notre pays. Et cet état des choses libère la place à une vision totalitaire de la gestion de la chose publique. Ce qui exclut par conséquent toute idée de partage, toute idée de concertation, toute démarche commune, réduisant ainsi la fameuse jarre du roi Guézo à un symbole inutile, incapable d’informer notre présent.

La Commission Electorale Nationale Autonome (CENA), version Ibrahim Soulé Agbétou, pour gérer et conduire les élections communales et municipales de décembre 2002, n’a pu, n’a su libérer, au profit de l’opposition, la moindre place au sein de son bureau. La mouvance a estimé de juste de rafler la mise, d’être et de rester, comme on le dit, le seul et unique maître à bord après Dieu.

Ce fut ainsi que dans une démocratie qui se construit, une démocratie qui fait du pluralisme sa boussole, les membres d’une même famille se sont retrouvés entre eux à l’exclusion de tous les autres, dans la même chapelle, pour la même messe autour des mêmes intérêts.

La Commission Electorale Nationale Autonome, version Ibrahima Soulé Adam qui fut en charge des législatives de mars 2003 ne s’était pas foulée pour marcher sur les pas de son aînée.

On ne change pas, dit-on, une équipe qui gagne. Pourquoi changerait-on alors une formule qui marche ? La CENA, version Ibrahima Soulé Adam sut ainsi tirer la conclusion qui s’imposait à partir de l’exemple de la CENA version Ibrahim Soulé Agbétou. En somme, la continuité dans la fidélité. L’Assemblée nationale, sous la 3ème législature conduite par Adrien Houngbédji s’est illustrée dans les mêmes pratiques avec un bureau unicolore piloté alors par l’opposition. Le blocage actuel de l’élection du bureau du Parlement est à ramener finalement à l’histoire de l’arroseur arrosé sur fond de ce même exclusivisme. Celui-ci peut se traduire comme suit : être majoritaire et tout rafler, être minoritaire et se condamner à tout perdre ; être majoritaire et s’octroyer le droit d’occuper toutes les places, être minoritaire et s’imposer le devoir de vider la place.

Un tel exclusivisme nie un principe majeur de toute démocratie digne de ce nom, à savoir le pluralisme des idées, des visions, des opinions et des projets.

Un tel exclusivisme nie un principe sous-jacent à toute l’architecture des lois qui servent de référence à notre expérience de renouveau démocratique, à savoir la représentation proportionnelle pour garantir à la minorité ou aux minorités une voix, une place.

Au total, un tel exclusivisme n’est que la résurrection – à quelles fins et au profit de qui ? – de nos démons d’hier. Ceux-là qui ont troublé la quiétude des hommes et des femmes de notre pays. Ceux-là qui ont fait manquer à notre pays tant de rendez-vous importants. Ceux-là qui ont ruiné les chances de notre pays de s’assurer un développement indépendant. Et dans la dérive actuelle opposition et mouvance sont à ranger dans le même panier. Carton rouge à l’une et à l’autre.

L’un de ces démons, c’est le « Gbadétchédjinnabisme » ou cette manière de tirer la couverture à soi, dans une vision courte et unijambiste de la marche.

Un autre de ces démons, c’est l’unanimisme ou cette manière d’entente de cimetière. Dès lors que l’on a accepté de la boucler tout le monde peut être d’accord avec tout le monde sur tout et pour tout, dans une démarche moutonnière.

Un dernier démon, c’est l’immobilisme ou cette manière joyeuse de faire du sur place, de croire qu’on avance alors qu’on tarde à l’horloge du temps. On ne le sait que trop ; qui n’avance pas recule.

 
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