La classe politique, pouvoir et
consensus.
Consensus. Le mot se définit
comme consentement, accord entre des personnes. Le mot consensus
est ainsi porteur de valeurs telles que entente, partage, coopération
harmonieuse etc.
Affirmons le sans détour
: le consensus ainsi vu, ainsi compris déserte, à
grande vitesse, l’arène politique de notre pays.
Et cet état des choses libère la place à
une vision totalitaire de la gestion de la chose publique. Ce
qui exclut par conséquent toute idée de partage,
toute idée de concertation, toute démarche commune,
réduisant ainsi la fameuse jarre du roi Guézo
à un symbole inutile, incapable d’informer notre
présent.
La Commission Electorale Nationale
Autonome (CENA), version Ibrahim Soulé Agbétou,
pour gérer et conduire les élections communales
et municipales de décembre 2002, n’a pu, n’a
su libérer, au profit de l’opposition, la moindre
place au sein de son bureau. La mouvance a estimé de
juste de rafler la mise, d’être et de rester, comme
on le dit, le seul et unique maître à bord après
Dieu.
Ce fut ainsi que dans une démocratie
qui se construit, une démocratie qui fait du pluralisme
sa boussole, les membres d’une même famille se sont
retrouvés entre eux à l’exclusion de tous
les autres, dans la même chapelle, pour la même
messe autour des mêmes intérêts.
La
Commission Electorale Nationale Autonome, version Ibrahima Soulé
Adam qui fut en charge des législatives de mars 2003
ne s’était pas foulée pour marcher sur les
pas de son aînée.
On ne change pas, dit-on, une équipe qui gagne. Pourquoi
changerait-on alors une formule qui marche ? La CENA, version
Ibrahima Soulé Adam sut ainsi tirer la conclusion qui
s’imposait à partir de l’exemple de la CENA
version Ibrahim Soulé Agbétou. En somme, la continuité
dans la fidélité. L’Assemblée nationale,
sous la 3ème législature conduite par Adrien Houngbédji
s’est illustrée dans les mêmes pratiques
avec un bureau unicolore piloté alors par l’opposition.
Le blocage actuel de l’élection du bureau du Parlement
est à ramener finalement à l’histoire de
l’arroseur arrosé sur fond de ce même exclusivisme.
Celui-ci peut se traduire comme suit : être majoritaire
et tout rafler, être minoritaire et se condamner à
tout perdre ; être majoritaire et s’octroyer le
droit d’occuper toutes les places, être minoritaire
et s’imposer le devoir de vider la place.
Un tel exclusivisme nie un principe
majeur de toute démocratie digne de ce nom, à
savoir le pluralisme des idées, des visions, des opinions
et des projets.
Un tel exclusivisme nie un principe
sous-jacent à toute l’architecture des lois qui
servent de référence à notre expérience
de renouveau démocratique, à savoir la représentation
proportionnelle pour garantir à la minorité ou
aux minorités une voix, une place.
Au total, un tel exclusivisme
n’est que la résurrection – à quelles
fins et au profit de qui ? – de nos démons d’hier.
Ceux-là qui ont troublé la quiétude des
hommes et des femmes de notre pays. Ceux-là qui ont fait
manquer à notre pays tant de rendez-vous importants.
Ceux-là qui ont ruiné les chances de notre pays
de s’assurer un développement indépendant.
Et dans la dérive actuelle opposition et mouvance sont
à ranger dans le même panier. Carton rouge à
l’une et à l’autre.
L’un
de ces démons, c’est le « Gbadétchédjinnabisme
» ou cette manière de tirer la couverture à
soi, dans une vision courte et unijambiste de la marche.
Un autre de ces démons, c’est l’unanimisme
ou cette manière d’entente de cimetière.
Dès lors que l’on a accepté de la boucler
tout le monde peut être d’accord avec tout le monde
sur tout et pour tout, dans une démarche moutonnière.
Un dernier démon, c’est
l’immobilisme ou cette manière joyeuse de faire
du sur place, de croire qu’on avance alors qu’on
tarde à l’horloge du temps. On ne le sait que trop
; qui n’avance pas recule.