La
Cour incompétente.
Les
interventions de Jérôme Saka Kina et de Me Robert
Dossou montrent bien que ce qui se passe à l’Assemblée
nationale relève beaucoup plus de la politique politicienne
que d’un débat purement de droit. Car, quoi qu’on
dise, la bataille que mène la doyenne d’âge
n’est pas une bataille pour la Rb, mais une bataille pour
la reconnaissance de l’opposition.
Tout
le monde sait en effet que la présidente de la Rb n’est
plus candidate à rien, et qu’elle ne s’accroche
à aucun poste pour son parti. A partir de ce moment,
ceux qui passent leur temps à faire de fiches au chef
de l’Etat pour l’embrouiller et lui mentir sont
de mauvais citoyens.
En
principe, la Cour constitutionnelle doit éviter de tomber
dans leur piège. C’est vrai que nous sommes à
la veille du renouvellement de la haute institution et toutes
les concessions sont bonnes pour plaire à ceux qui nomment.
Mais l’histoire est là et juge chacun. Déjà,
lorsqu’on lit la décision de 1999 à laquelle
beaucoup s’accrochent, on ne peut s’empêcher
de constater que les sages ont fait preuve de légèreté
dans la gestion d’un problème aussi délicat
que celui de la configuration politique. Car, décider
que la notion de configuration politique telle que contenue
dan l’article 15 2b est floue et ne relève pas
d’une obligation de résultat est un manque de courage
et une paresse notoire, dans la mesure où si le législateur
a cru devoir mettre expressément cette disposition, c’est
parce qu’il y tient. Et puis la même Cour qui a
décidé en 1999 est revenue en 2001 pour clarifier
la notion de configuration politique et pour attribuer des sièges
dans le cadre de la désignation des membres de la Céna.
Si on conçoit que dans le cadre de la décision
de 2001, la Cour s’est basée sur les groupes, parlementaires
et les non-inscrits, on ne saurait comprendre sa décision
de 1999.
Car
en réalité, le législateur qui a prévu
cette disposition sait bien qu’avant la mise en place
du bureau de l’Assemblée nationale , il n’y
a pas de groupe parlementaire. Et si malgré cela, la
notion a été incluse dans le règlement
intérieur, lequel règlement a été
déclaré conforme à la Constitution, c’est
qu’au- delà des groupes parlementaires et des non-inscrits,
la notion de configuration politique doit s’entendre les
courants ou tendances politiques présents à l’Assemblée
nationale. Et à ce niveau, la logique mouvance-opposition
prend corps. En 1999, la Cour aurait dû faire preuve de
plus de technicité et de compétence en instruisant
un peu mieux le dossier. D’ailleurs en 2001, la Cour a
été prise à son propre piège, lorsqu’elle
fut obligée par quoi on ne sait à procéder
à la répartition des 19 sièges à
la Céna (qui reviennent à l’Assemblée
nationale) sur la base toujours de la configuration politique.
S’il y a confusion, c’est la Cour constitutionnelle
qui l’a bel et bien créée.
Aujourd’hui, tous les députés ont le regard
tourné vers la Cour constitutionnelle et n’attendent
que Mme Rosine Vieyra Soglo soit désavouée par
les sages.
Mais ce que personne ne semble préciser, c’est
la gymnastique que ferait l’auguste Cour pour se décider.
Si c’est sur la notion de la configuration politique,
la Cour a le devoir de tenir compte de sa décision de
2001 et de reconnaître qu’à défaut
de la notion de groupe parlementaire et des non-inscrits, la
notion de mouvance et opposition peut bien-être valable.
Car, le législateur n’a pas prévu la disposition
de l’article 15 2b au hasard. Mais si la décision
de la Cour constitutionnelle doit concerner les suspensions
de séance qu’opère Mme Vieyra Soglo, doyenne
d’âge de la 4ème législature, l’auguste
Cour ne peut que se déclarer incompétente, car
une suspension de séances parlementaires est conforme
à la Constitution et il n’appartient pas à
la Cour constitutionnelle de décider autrement. Les suspensions
de séances à l’Assemblée nationale
sont de la compétence exclusive du président de
séance et relèvent d’ailleurs du Règlement
intérieur de l’institution, document déclaré
conforme à la Constitution par la Cour constitutionnelle.
Alors,
de deux choses l’une : soit la Cour constate que les suspensions
de séances sont conformes à la Constitution, soit
elle se déclare incompétente. Car, si aujourd’hui,
elle devait aider les mouvanciers, elle risque une fois de plus
de sortir une " mauvaise" décision qui risque
de poser d’énormes problèmes demain. C’est
dire que, d’un côté comme de l’autre,
la mouvance mène un faux débat, et si elle continue
sur cette lancée, elle ne peut que bloquer le chef de
l’Etat qui a besoin d’autorisation de ratification
pour nombre d’accords. Alors qu’il faudrait simplement
un petit geste du côté de la mouvance pour que
tout aille dans l’ordre. Mais si elle tient toujours à
son combat de blocage, il faudrait peut-être que la doyenne
d’âgequi a pris aujourd’hui de la hauteur
face aux postes de responsabilités pour 4 membres de
son parti lâche du lest en se disant qu’elle a combattu
le bon combat. Le reste, elle devrait le laisser au jugement
de l’histoire.