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Edition du mercredi 28 Mai 2003
   
Actualités  
 


REGROUPEMENT DE LA CLASSE POLITIQUE : Un pas en avant, deux pas en arrière.

Le Bénin est et demeurera le paradis des micros-partis sans valeur, sans idéal et sans grande envergure. Le complot tramé actuellement contre l’Union pour le Bénin du Futur, avec le silence complice du chef de l’Etat, le Général Mathieu Kérékou, initiateur de l’Ubf, est la preuve qu’aucun homme politique béninois ne mérite d’être qualifié de rassembleur.

L’émiettement des partis politiques, loin d’être une preuve de vitalité de la démocratie, est plutôt un drame qu’il faut nécessairement éliminer. Dans les grandes démocraties, l’heure est au rassemblement. Les Américains ont déjà achevé le leur depuis des siècles, avec seulement deux partis. Les Britanniques ont aussi réglé ce problème depuis longtemps. La France qui continue son réglage à ce niveau, s’est rendue à l’évidence de la nécessité des grands regroupements face à la montée inquiétante de l’Extrême Droite. Aujourd’hui, tous les partis de droite d’obédience gaulliste ont formé un grand mouvement autour du président Jacques Chirac qui a même accepté la disparition de son parti, le Rassemblement pour la République au profit d’un autre rassemblement plus grand. Unis pour les besoins des élections législatives, les partis soutenant l’action du président Chirac n’ont pas hésité à se fondre en une famille politique plus forte et plus puissante, au sein de laquelle les différents courants de pensée continuent de s’exprimer.
En initiant l’Ubf, le Général Mathieu Kérékou était apparu comme un grand stratège qui a semblé comprendre les vertus de l’adage selon lequel « l’union fait la force ».
Ayant opté pour n’appartenir à aucun parti politique, c’était sans surprise que le président Kérékou a confié la coordination de l’Ubf à une tierce personne, notamment à son ministre d’Etat chargé de la coordination de l’Action gouvernementale. Un choix qui est fort logique compte tenu du rôle joué par M. Bruno Amoussou aux côtés du général depuis 1999. Il s’agit aussi d’une mission délicate confiée au président du Parti social démocrate (Psd) dans un univers truffé de personnalités aux ambitions hétéroclites.
Au terme des deux consultations électorales auxquelles l’Ubf a participé, les résultats enregistrés sont plus que satisfaisants. Le groupe, malgré ses difficultés qui tirent leur source des questions d’humeur et de leadership, est sorti vainqueur des dernières élections de façon éclatante.

La rançon du succès

C’est fort du premier succès de l’Ubf aux municipales que son coordonnateur national, malgré le scepticisme de la plupart des formations politiques de la mouvance, l’a engagée dans les législatives. Ce double succès ne devrait-il pas l’autoriser à envisager un destin plus noble et plus grand à cette union ? Pour répondre à cette question, Bruno Amoussou ne savait pas que ce qui a bien marché en France que nous imitions pourtant à tout moment et en toutes circonstances, ne pouvait pas être accepté au Bénin. Il a perdu de vue la réalité que le succès de l’Ubf dont il a assuré avec brio la coordination nationale, lui a attiré par la même occasion, la haine de ceux qui devraient se réjouir normalement de son succès. L’acharnement avec lequel certains animateurs de la mouvance réclament la mise à mort de l’Ubf, sans que le président de la République ne daigne réagir, est plus que surprenant. Des barons des partis comme le Fard-Alafia qui ont fait une malheureuse expérience en solo aux municipales et qui n’ont dû leur salut aux législatives qu’en profitant du parapluie de l’Ubf, sont les grands pourfendeurs de l’Union si elle doit se transformer en un parti politique dirigé par Bruno Amoussou.
Le 25 mai 2003, la conférence des chefs de partis du Front des Partis pour l’Unité (Fpu), a tenu une réunion à Cotonou et a réfléchi entre autres sur la vie de l’Union pour le Bénin du Futur (Ubf). Au terme de ses réflexions par rapport à l’Ubf, le Fpu affirme :
- qu’elle tient sa légitimité des différentes rencontres de l’hôtel Pml Alédjo initiées par le chef de l’Etat.
- l’objectif de l’Ubf était de constituer une dynamique unitaire en vue des élections communales et municipales de 2003.
- cette expérience a été étendue aux législatives de 2003. En conséquences, conclut le Fpu dans ses analyses, toute activité de l’Ubf devrait désormais recueillir préalable du chef de l’Etat et les correspondances portant son cachet devraient être adressées aux regroupements de partis et non aux partis individuellement. C’est pourquoi le Fpu, dans le communiqué qu’il a rendu public, demande instamment que l’Ubf s’adresse à l’avenir aux regroupements de partis qui la composent et qui y figurent en tant que tels.

Préférence aux « petits chefs »

Lorsqu’on analyse tout l’acharnement contre Bruno Amoussou, on réalise que son crime provient du fait d’avoir voulu faire de l’Union pour le Bénin du Futur quelque chose de grand et de viable. Si les observations faites par les analystes sont justes, la décision du chef de l’Etat de ne pas rencontrer la délégation que l’Ubf s’apprêtait à lui envoyer, mais plutôt les partis individuellement, relève d’un désavoue qu’il inflige à l’Ubf. Une attitude qui montre que le chef de l’Etat préfère discuter avec les chefs de petits partis, plutôt qu’avec de puissantes personnalités à la tête de puissantes formations politiques. Il a donc délibérément opté pour la curieuse marche du « un pas en avant, deux pas en arrière ». Plutôt curieux comme stratégie politique.

>>haut

Le Point au Quotidien:Fernando HESSOU.
 
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