REGROUPEMENT
DE LA CLASSE POLITIQUE : Un pas en avant, deux pas en arrière.
Le
Bénin est et demeurera le paradis des micros-partis sans
valeur, sans idéal et sans grande envergure. Le complot
tramé actuellement contre l’Union pour le Bénin
du Futur, avec le silence complice du chef de l’Etat, le
Général Mathieu Kérékou, initiateur
de l’Ubf, est la preuve qu’aucun homme politique béninois
ne mérite d’être qualifié de rassembleur.
L’émiettement
des partis politiques, loin d’être une preuve de vitalité
de la démocratie, est plutôt un drame qu’il
faut nécessairement éliminer. Dans les grandes démocraties,
l’heure est au rassemblement. Les Américains ont
déjà achevé le leur depuis des siècles,
avec seulement deux partis. Les Britanniques ont aussi réglé
ce problème depuis longtemps. La France qui continue son
réglage à ce niveau, s’est rendue à
l’évidence de la nécessité des grands
regroupements face à la montée inquiétante
de l’Extrême Droite. Aujourd’hui, tous les partis
de droite d’obédience gaulliste ont formé
un grand mouvement autour du président Jacques Chirac qui
a même accepté la disparition de son parti, le Rassemblement
pour la République au profit d’un autre rassemblement
plus grand. Unis pour les besoins des élections législatives,
les partis soutenant l’action du président Chirac
n’ont pas hésité à se fondre en une
famille politique plus forte et plus puissante, au sein de laquelle
les différents courants de pensée continuent de
s’exprimer.
En initiant l’Ubf, le Général Mathieu Kérékou
était apparu comme un grand stratège qui a semblé
comprendre les vertus de l’adage selon lequel « l’union
fait la force ».
Ayant opté pour n’appartenir à aucun parti
politique, c’était sans surprise que le président
Kérékou a confié la coordination de l’Ubf
à une tierce personne, notamment à son ministre
d’Etat chargé de la coordination de l’Action
gouvernementale. Un choix qui est fort logique compte tenu du
rôle joué par M. Bruno Amoussou aux côtés
du général depuis 1999. Il s’agit aussi d’une
mission délicate confiée au président du
Parti social démocrate (Psd) dans un univers truffé
de personnalités aux ambitions hétéroclites.
Au terme des deux consultations électorales auxquelles
l’Ubf a participé, les résultats enregistrés
sont plus que satisfaisants. Le groupe, malgré ses difficultés
qui tirent leur source des questions d’humeur et de leadership,
est sorti vainqueur des dernières élections de façon
éclatante.
La
rançon du succès
C’est
fort du premier succès de l’Ubf aux municipales que
son coordonnateur national, malgré le scepticisme de la
plupart des formations politiques de la mouvance, l’a engagée
dans les législatives. Ce double succès ne devrait-il
pas l’autoriser à envisager un destin plus noble
et plus grand à cette union ? Pour répondre à
cette question, Bruno Amoussou ne savait pas que ce qui a bien
marché en France que nous imitions pourtant à tout
moment et en toutes circonstances, ne pouvait pas être accepté
au Bénin. Il a perdu de vue la réalité que
le succès de l’Ubf dont il a assuré avec brio
la coordination nationale, lui a attiré par la même
occasion, la haine de ceux qui devraient se réjouir normalement
de son succès. L’acharnement avec lequel certains
animateurs de la mouvance réclament la mise à mort
de l’Ubf, sans que le président de la République
ne daigne réagir, est plus que surprenant. Des barons des
partis comme le Fard-Alafia qui ont fait une malheureuse expérience
en solo aux municipales et qui n’ont dû leur salut
aux législatives qu’en profitant du parapluie de
l’Ubf, sont les grands pourfendeurs de l’Union si
elle doit se transformer en un parti politique dirigé par
Bruno Amoussou.
Le 25 mai 2003, la conférence des chefs de partis du Front
des Partis pour l’Unité (Fpu), a tenu une réunion
à Cotonou et a réfléchi entre autres sur
la vie de l’Union pour le Bénin du Futur (Ubf). Au
terme de ses réflexions par rapport à l’Ubf,
le Fpu affirme :
- qu’elle tient sa légitimité des différentes
rencontres de l’hôtel Pml Alédjo initiées
par le chef de l’Etat.
- l’objectif de l’Ubf était de constituer une
dynamique unitaire en vue des élections communales et municipales
de 2003.
- cette expérience a été étendue aux
législatives de 2003. En conséquences, conclut le
Fpu dans ses analyses, toute activité de l’Ubf devrait
désormais recueillir préalable du chef de l’Etat
et les correspondances portant son cachet devraient être
adressées aux regroupements de partis et non aux partis
individuellement. C’est pourquoi le Fpu, dans le communiqué
qu’il a rendu public, demande instamment que l’Ubf
s’adresse à l’avenir aux regroupements de partis
qui la composent et qui y figurent en tant que tels.
Préférence
aux « petits chefs »
Lorsqu’on
analyse tout l’acharnement contre Bruno Amoussou, on réalise
que son crime provient du fait d’avoir voulu faire de l’Union
pour le Bénin du Futur quelque chose de grand et de viable.
Si les observations faites par les analystes sont justes, la décision
du chef de l’Etat de ne pas rencontrer la délégation
que l’Ubf s’apprêtait à lui envoyer,
mais plutôt les partis individuellement, relève d’un
désavoue qu’il inflige à l’Ubf. Une
attitude qui montre que le chef de l’Etat préfère
discuter avec les chefs de petits partis, plutôt qu’avec
de puissantes personnalités à la tête de puissantes
formations politiques. Il a donc délibérément
opté pour la curieuse marche du « un pas en avant,
deux pas en arrière ». Plutôt curieux comme
stratégie politique.
>>haut