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Edition du mardi 27 Mai 2003
   
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Afrique /Elections : Interview Martin ASSOGBA.

« Tous les partis organisent la fraude en Afrique », confirme Martin ASSOGBA, fort de son expérience sur le terrain dans plusieurs pays africains.

Grande gueule, critiqué et adulé à la fois pour ses envolées contre les dérives des gestionnaires de la cité, Martin Assogba, médiateur en réserve de l’Onu, est le président de l’Association qui fait la promotion des droits de l’homme et de la bonne gouvernance. Il nous parle de son combat et jette un regard critique sur le processus démocratique en Afrique.

Afrique Diagnostic : Vous êtes le président d’une Ong qui lutte contre la corruption et fait la promotion de la bonne gouvernance. Vous ne devez pas avoir la tâche facile ?

Martin ASSOGBA : L’Association de Lutte Contre le Racisme, l’Ethnocentrisme et le Régionalisme (ALCRER) que j’ai du plaisir à diriger avait au départ deux objectifs principaux : lutter contre le ‘’rejet de l’autre’’ et faire la promotion des droits de l’homme. Mais après plusieurs années de pratique, nous avons constaté que notre credo avait de nombreuses ramifications. Laissez-moi vous dire que la pratique de l’ethnocentrisme et du régionalisme n’est pas de nature à favoriser une bonne gestion des affaires publiques. Tout au contraire, elle favorisait dans l’administration publique la culture du travail mal fait, du vol et de fait, constituait un frein pour le développement de notre pays. Nous avons dès lors fait l’option de dénoncer tout manquement à la bonne gouvernance. Pour nous, il était éclair au départ qu’il fallait mettre un terme à ce phénomène qui consistait à en mettre plein les poches au détriment de la grande masse.
Avouons que le combat de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance n’est pas des plus aisé. Car, dans une société ou le copinage et le coquinage ont atteint le plus haut sommet et où les combinards ont la dent dure et les bras longs, avouons qu’il faut être Don Quichotte ou Martin Assogba pour oser embrasser une telle entreprise. C’est à la limite du suicide puisque l’impunité fait sa loi ; la preuve en est qu’actuellement nous comparaissons devant les tribunaux pour avoir dénoncé un acte illégal et connu comme tel de notoriété publique.

Vous ne semblez pas baisser les bras malgré les difficultés, puisque vous êtes sur le front pour des élections transparentes…

Absolument. Vous n’ignorez sans doute pas que depuis le IVème Sommet des Démocraties nouvelles et rétablies, il a été établi le principe fondamental du développement durable tant souhaité : Démocratie-Bonne Gouvernance. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’Ong ALCRER qui, comme d’autres structures de la société civile, œuvre pour des élections transparentes et à l’enracinement de la démocratie au Bénin et en Afrique de façon générale.

Parlez-nous justement de votre expérience en la matière…

En qualité d’observateur, nous avons pris une part active aux élections en Afrique, au Togo, au Tchad, au Niger, et bien sûr au Bénin. Inutile de vous rappeler à cet effet qu’ici et là, la fraude électorale était toujours présente et qu’elle n’est l’apanage d’aucun parti, puisque toutes les formations politiques tirent le drap de leur côté.

Voulez-vous dire que tous les partis organisent la fraude ?

Par expérience, nous pouvons le dire haut et fort. Et dans ce jeu du chat et de la souris, c’est la grande masse qui est perdante, puisque sa souveraineté est ainsi bafouée par les politiciens qui, non contents de leur vendre du vent, de leur servir des discours verbeux et creux, s’ingénuent à trafiquer l’expression du vote populaire. C’est bien malheureux pour notre continent. Fort heureusement au Bénin, les derniers scrutins, à savoir les élections communales et municipales et les législatives augurent d’un changement de mentalité qui reste à confirmer. Il faut dire en effet, qu’au cours de ces élections, l’argent n’a semble-t-il pas été le plus déterminant. Après 13 ans de pratique démocratique, les populations, à défaut des projets de société que devraient leur présenter les animateurs de la vie politique, ont su, par elles-mêmes, déterminer leurs propres critères et repères. Certains politiciens en perte de vitesse qui n’avaient de totem que l’argent roi l’ont appris à leurs dépens.

Les observateurs ne cachent pas pourtant leur déception des résultats des législatives du 30 mars 2003…

Avouons qu’il y de quoi désespérer, lorsqu’en lieu et place de l’élite, nous avons eu droit à tout un bataillon de politiciens étiquetés comme ‘’affairistes’’. C’est scandaleux, même si à la réflexion, on peut excuser cette nouvelle donne.

Ah bon ?

Absolument ! La responsabilité incombe à l’élite qui a boudé sinon déserté le forum, créant ainsi une brèche aux dits ‘’nouveaux riches’’ qui font un mélange assez scandaleux de la politique et des affaires. Ce qui a l’inconvénient d’enlever à l’Assemblée Nationale un peu du solennel qui devrait être le sein. C’est vraiment dommage pour un pays comme le Bénin, Quartier latin d’Afrique, dit-on, qui prend un tournant qui n’augure pas d’un lendemain meilleur.

Vous êtes pessimiste ?

Pas du tout ! Mais il faut que les leaders des partis politiques apprennent à être responsables et à faire moins le jeu du fric. Car, au-delà du vote sociologique qui conditionne les élections au Bénin, il y a aussi le fait que les leaders des partis préfèrent positionner pour les élections, ceux de leurs militants fortunés, sacrifiant l’élite sur l’autuel de l’argent roi. Ce qui est une parfaite aberration. Voilà pourquoi nous avons perdu foi en cette classe politique qui n’a aucune vision cohérente, à long terme pour le pays. C’est fort de cela que d’ailleurs, ALCRER a ouvert un nouveau chantier : former la nouvelle génération, créer une classe de citoyens dignes. Ainsi, dans les écoles et collèges, tous les jeunes connaissent désormais AZARA, du nom de l’héroïne d’un magazine en bande dessinée que nous avons créée et qui fait la promotion des droits de l’homme et de la bonne gouvernance en milieu scolaire.

Vous avez une certaine détermination à œuvrer pour la bonne gouvernance. De la société civile aux affaires publiques, c’est la courte échelle ?

Oh non, ce n’est pas mon rêve d’aller dans un quelconque gouvernement. D’abord, je tiens trop à ma liberté. Ensuite, ça fait bientôt dis ans que je fais la promotion de la bonne gouvernance et je préfère m’y atteler. Enfin, parce qu’il faut avouer que l’actuel chef du gouvernement a suffisamment de courtisans et de loin mieux qualifiés que moi qui font le pied de grue pour entrer dans son gouvernement. Mon souhait serait plutôt d’avoir plus de moyens pour continuer à satisfaire les attentes de nombreux sympathisants de l’Ong ALCRER.

>>haut

Afrique Diagnostic N° 305 du 1er au 31 mai 2003:Paul H. AMOUSSOU.
 
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