Législatives du 30 mars 2003
: Encore un faux départ pour les femmes.
Dimanche
prochain, les électeurs iront choisir leurs représentants
pour l’Assemblée nationale quatrième législature.
Comme par le passé, les femmes qui constituent plus de
la moitié de la population béninoise seront sous-représentées
et pour cause. Elles sont très peu et très mal positionnées
sur la plupart des listes en compétition. Pourtant, elles
sont les plus nombreuses aux meetings et autres rencontres de
campagne pour ovationner des candidats hommes peu soucieux de
leur sort.
Depuis
le déclenchement du processus démocratique au Bénin,
nous en sommes à la 8ème élection. A chacune
de ces occasions, les femmes de nos villes et campagnes, tam-tams
et castagnettes au point, rivalisent d’ardeur pour démontrer
aux candidats leur soutien indéfectible. Des chansons sont
spécialement conçues pour louer les mérites
du candidat avec une ferveur sans faille. Tout ceci pour quelques
billets de banque, des tee-shirts et autres libéralités
ponctuelles. Hier encore, nous les avons vues, au bord de la route
de Glo-Djigbé, attendant un candidat. Jusqu’à
quand les femmes vont-elles se contenter seulement de jouer ce
rôle ? Apparemment, demain n’est pas la veille.
Les multiples campagnes de sensibilisation invitant à voter
pour les femmes initiées par des organisations de femmes
telles que RIFONGA, GPIFED et AFJB n’ont pas fait bouger
les choses. Les mentalités ne changent pas du jour au lendemain
si bien que les femmes qui ont eu le courage de se jeter dans
la bataille politique éprouvent de sérieuses difficultés
à se hisser dans les instances de prise de décisions.
Le parlement béninois n’a jamais compte la dizaine
des députés femmes.
Pour la 4ème législature, tout porte à croire
que l’histoire se répète, car les représentants
de la gent féminine, n’atteindront pas 10 sur 83
puisque sur la liste de départ, elles ne sont pas nombreuses
et le peu qu’on enregistre est mal positionné. Très
peu de candidates femmes sont têtes de listes. A Cotonou
par exemple où neuf sièges sont à pourvoir
dans les deux circonscriptions électorales, quelques listes
ont positionné des femmes comme têtes de listes.
Il s’agit de la RB, de l’IPD et de l’Alliance
Etoile. Dans l’Atlantique , on enregistre quatre femmes
têtes de listes (RDP, LNA et PRD). La situation n’est
pas plus reluisante dans les autres circonscriptions électorales
où les femmes sont presque absentes des listes ou elles
sont suppléantes.
A qui la faute ? serait-on tenté de s’interroger.
Aux femmes elles-mêmes, aux leaders de partis ou alliances
de partis ou au système démocratique ? Le jeu démocratique
exige que chacun se batte pour occuper la meilleure place. Mais
force est de constater que cette bataille est perdue d’avance
pour les femmes à cause de leur sous-représentation
au sein des partis et des instances dirigeantes des partis. Cela
les oblige à accepter la décision de la majorité
masculine.
De même, rares ont les femmes politiques de la trempe de
Rosine Soglo qui arrivent à s’imposer dans leur parti.
Loin des nous l’idée d’indiquer qui que ce
soit comme modèle, mais il faut reconnaître que très
peu de femmes ont la force de se battre aujourd’hui dans
un environnement politique malsain, marqué par des coups
de toutes natures. Dans un environnement aussi hostile à
la promotion féminine, que reste-t-il à faire ?
capituler ou poursuivre le combat ? Naturellement, le découragement
ne doit pas être au rendez-vous. Il ne s’agit pas
de vouloir opposer les hommes et les femmes appelés à
travailler dans la complémentarité. Le combat des
femmes n’est pas un combat contre les hommes, mais un combat
pour plus de justice dans la répartition des tâches
et des ressources de l’Etat. Celles qui revendiquent un
quota pour les femmes dans nos institutions n’ont peut-être
pas tort, car si les choses vont continuer ainsi, jamais la gent
féminine ne sera bien représentée au parlement.
Après huit échéances électorales,
il est temps de faire le bilan à ce niveau pour trouver
des moyens de faire participer davantage les femmes à la
gestion de la chose publique, car tout le monde s’accorde
à reconnaître qu’elles gèrent bien et
ne se livrent pas à la transhumance politique une fois
élues à l’Assemblée nationale.
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