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Edition du jeudi 22 Mai 2003
   
Actualités  
 


MON POINT DE VUE : Les nouveaux décideurs.

L’histoire nous dira si le vieux a raison ou s’il a tort ; s’il a bien fait ou s’il s’est trompé ; si la stratégie est bonne ou si elle comporte des risques. L’important est qu’il ne soit pas trop tard pour faire marche arrière.

Je veux parler des nouveaux décideurs politiques. Qui ne sont autres que les nouveaux riches que le régime du président Kérékou a fabriqués de toutes pièces. A quelques rares exceptions près, ils sont pour la plupart des jeunes. Inutile de les nommer ; la société les reconnaît par des signes extérieurs qui ne trompent pas : belles villas par-ci et par-là, voitures de luxe et de dernier cri, comptes bancaires outrageusement garnis… Leur comportement social qui est à la limite de l’arrogance et de la bassesse n’est que l’une des conséquences du luxe insolent dans lequel ils baignent et qui leur fait perdre la boussole.

Jusqu’à la veille des dernières élections communales et municipales, on était habitué à les voir dans les parcs de vente et de regroupement des voitures d’occasion ; on les voyait aussi dans certaines sociétés d’Etat avec lesquelles ils entretenaient des relations commerciales plus ou moins louches ; d’autres par contre sont dans le business international où ils s’adonnent à la vente très enrichissante de la drogue. Sous le regard à la fois compréhensif et complice du régime en place.

Par une alchimie voulue et cautionnée par le Président Kérékou, ces nouveaux riches ont atterri dans le cercle très ouvert de la politique. Où, ils n’ont éprouvé aucune difficulté pour convaincre des électeurs miséreux et misérables. Leur ascension politique n’a pas été seulement rapide ; elle a été fulgurante. Aujourd’hui, ils sont présents dans tous les compartiments de la vie politique nationale : conseillers, maires, députés, ministres… Comme si cela ne leur suffisait pas, ils ont mis le cap sur 2006, l’élection présidentielle de toutes les incertitudes.

Cette course effrénée pour l’occupation d’un grand espace politique soulève deux questions essentielles :

1 – Le président Kérékou contrôle-t-il encore ces jeunes ?

2- Jusqu’où peuvent-ils aller ?

Considéré comme un fin stratège politique, le plus redoutable que le pays ait connu depuis son accession à l’indépendance, Kérékou peut s’être trompé. Pour une fois. S’il est vrai qu’il a consciemment voulu donner un pouvoir financier à des jeunes pour déstabiliser ses adversaires, il est tout aussi vrai qu’aujourd’hui, la situation lui échappe. Le seul moyen qui lui reste pour mettre un terme à l’offensive de ces nouveaux riches devenus les nouveaux décideurs est de les livrer un à un au lynchage populaire. Le vieux a encore ce pouvoir, car il connaît le dessous de chacun d’eux. Reste à savoir s’il peut prendre ce risque sans se compromettre et sans compromettre nombre de ses plus proches collaborateurs. Alternative extrêmement dangereuse qui me fait dire que, dans la situation actuelle, le président Kérékou est contraint de regarder faire. En espérant que la raison l’emportera.

Attitude passive qui n’est pas non plus sans risque. Pouvoir financier et pouvoir politique, de surcroît concentrés entre les mains d’hommes et de femmes totalement illettrés, cela fait trop de contradictions à gérer ; trop d’obstacles à surmonter. trop de pouvoirs concentrés entre des mains douteux. Pendant ce temps, 2006 approche à pas de géant. Il reste à souhaiter que cette folie des grandeurs ne dégénère pas, messieurs les nouveaux décideurs.

>>haut

L’Aurore n° 1000 du jeudi 22 mai 2003:Patrick ADJAMONSI.
 
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